Trouver des solutions au problème de la dette publique n’est pas une mince affaire.
Mais cette table ronde animée par des spécialistes prouve au moins que ces solutions existent.
Et elles sont radicales ou ne seront pas.
Le Commerce du Levant a réuni autour d’un débat particulièrement animé cinq éminents économistes : Marwan Iskandar, Ghazi Youssef, Kamal Hamdan, Roger Melki et Fadi Osseirane. Animé parce que l’enjeu est de taille : réduire la dette publique, freiner sa croissance, diminuer son poids relatif par rapport au budget de l’État et au PIB. Bref, le gérer. Des mesures concrètes et radicales ont été proposées, d’autres ont été juste effleurées (le sujet est tellement vaste…) – et le spectre de la crise généralisée a même été évoqué. L’objectif des économistes n’était pas de semer la panique, mais de rendre compte de la gravité de la situation et d’inciter le pouvoir – et ses différentes composantes et ramifications – à enclencher un mécanisme rapide et efficace. Cela semble évident, mais les expériences passées ont prouvé que les économistes sont les personnes les moins écoutées de toute la République.
Les spécialistes que nous avons réunis sont directeurs de bureaux de recherche, consultants, affiliés à des institutions financières, ou encore conseillers directs du Premier ministre. Mais les opinions exprimées ci-après sont personnelles et n’engagent pas leur institution. Le débat a été mené par Nicolas Sbeih.
CDL : Comment peut-on réduire le nombre des fonctionnaires ainsi que leurs coûts ? Le gouvernement a déjà entamé le dossier par les licenciements à Télé-Liban, la mise à disposition des fonctionnaires surnuméraires du ministère de l’Information et les discussions sont en cours au sujet de la MEA.
Ghazi Youssef : Les montants affectés aux ressources humaines (salaires et indemnités) représentent 40 % du budget de l’État, soit pour cette année entre 3 600 et 3 800 milliards LL. Le plus étonnant, c’est que le montant des retraites croit à un rythme plus important que celui des salaires. Les indemnités de fin de service (pensions de retraite et indemnités), par exemple, se sont élevées à 500 milliards LL en 2000 et atteindront probablement 600 milliards LL en 2001, enregistrant ainsi une augmentation de 20 %. Quant au montant des salaires, il n’a pas changé depuis le dernier ajustement.
Je pense que les gouvernements précédents ont fait l’erreur d’attribuer aux fonctionnaires retraités des pensions représentant 85 % de leur dernier salaire. Ce niveau est nettement supérieur à celui des plans de retraite privés qui planent autour d’un maximum de 70 %. En tant qu’économiste, je pense que le système de retraite actuellement en vigueur dans la Fonction publique pourrait facilement être transféré au secteur privé, au niveau de la gestion. Ceci allégerait certainement le poids supporté par le Trésor.
D’un autre côté, le gouvernement a accordé aux administrations un délai de deux mois pour présenter les listes des fonctionnaires excédentaires. L’enseignement public, par exemple, regroupe actuellement 42 000 personnes, alors qu’avec l’avancée de l’informatisation, nous avons plutôt besoin d’augmenter le nombre d’ordinateurs. On devrait, en tout cas, modifier les ratios enseignant/élèves.
CDL : Avoir recours aux licenciements coûte cependant très cher. Comment financer ces allègements sans faire supporter au Trésor un fardeau supplémentaire ?
Ghazi Youssef : Chaque jour de retard entraînera des coûts supplémentaires.
Marwan Iskandar : J’appuie à 100 % le raisonnement de M. Youssef. Les coûts des employés de la MEA s’élevaient, il y a cinq ans, à 45 millions $. Aujourd’hui, les coûts des licenciements se chiffrent à environ 100 millions $ sans compter les 500 millions $ de pertes encourues depuis. Notre problème au Liban, c’est que nous nous sommes habitués à vivre avec nos problèmes sans leur trouver de solutions radicales. Nous devons absolument prendre l’habitude d’affronter nos problèmes, dès qu’ils surgissent.
Kamal Hamdan : Avant de régler les problèmes de licenciement, il faut faire des études de faisabilité. Mon bureau en a fait dans le cadre d’un prêt octroyé par l’IFC pour couvrir les licenciements de la MEA. Les scénarios et les simulations proposés doivent prendre en considération les intérêts de tout le monde : de la société qui licencie, des employés, de l’environnement, etc. Les coûts de ces opérations peuvent être énormes (compte tenu de tous les facteurs qui peuvent entrer en jeu : confessionnel, communautaire, etc.) et le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, l’a dit lui-même : les indemnités proposées dans le cas de la MEA sont très importantes. Tout retard rend les opérations de licenciement difficiles, voire même impossibles à réaliser.
Ghazi Youssef : Au Liban, les prises de décision sont lentes et coûtent cher. Pour l’électricité, par exemple, chaque jour de retard dans la réparation des dégâts coûte entre 60 000 et 70 000 $.
210 000 chèques à payer
CDL : Nous avons abordé ici le cas des employés des sociétés relevant de l’État. Mais il existe aussi des fonctionnaires surnuméraires dans les administrations publiques. Que peut-on faire à part payer des indemnités supplémentaires lourdes à supporter ?
Roger Melki : Tous les mois, l’État a 210 000 chèques à payer en salaires, c’est-à-dire 210 000 fonctionnaires et salariés répartis comme suit : retraités : 42 000 ; militaires : 70 000 ; enseignants : 42 000 ; offices autonomes : 32 000 ; divers : 25 000. Et leur moyenne d’âge est de 57 ans. Manifestement, il faut réduire le nombre de militaires, si les politiques suivent.
Marwan Iskandar : La question des indemnités des forces militaires a été révisée et les nouvelles mesures permettent, paraît-il, une économie de 120 milliards LL.
Ghazi Youssef : C’est ce qu’on appelle les “Damaëms” (suppléments), pratique héritée des Turcs. Selon la nouvelle mesure prise par le commandement de l’armée, les militaires n’encaisseraient plus que des indemnités normales, c’est-à-dire un mois de salaire par année de service contre 3 auparavant, à l’exception des unités en action, toujours couvertes par le système des “Damaëms”. Mais cette mesure n’a pas d’effet rétroactif sur les années passées et elle ne concerne pas les Forces de sécurité dont les indemnités sont toujours “triplées”.
Fadi Osseirane : Le paiement d’indemnités est une solution. Une autre solution serait de faire absorber une partie des fonctionnaires excédentaires par le secteur privé, d’encourager ce dernier à les recruter en lui proposant des incitations (facilités, exonérations fiscales, etc.). Autre suggestion : pourquoi ne pas leur accorder des prêts pour créer leurs propres entreprises ? Cette méthode est peut-être plus longue, mais elle augmenterait la productivité du secteur privé.
Marwan Iskandar : J’ai peur de l’installation d’un sentiment de détente psychique chez nos dirigeants qui seraient tentés, comme toujours, de laisser le temps agir. Pour moi, le problème ne réside pas seulement dans les salaires, mais dans la productivité des fonctionnaires. Et le problème essentiel, le plus grave, c’est le manque de confiance dans les possibilités d’amélioration, et il faudrait y remédier. Le cas de la MEA est aberrant. Je connais bien le dossier : de 1 200 employés, alors que l’activité était deux fois plus importante qu’aujourd’hui, la compagnie emploie actuellement 4 000. Est-ce rationnel ?
Kamal Hamdan : J’appréhende toujours de présenter le problème des fonctionnaires de façon démagogique. Comment évaluer le nombre de fonctionnaires surnuméraires, sur base de quels critères et par rapport à quoi ? Il serait arbitraire de tenter de repérer ces fonctionnaires avant de parachever la restructuration des unités administratives et de déterminer le rôle de chacune. Tout est enchevêtré et il existe beaucoup de nuances, des excédents dans certains postes et des vacances dans d’autres, des personnes très peu qualifiées qui risquent de rester longtemps au chômage. J’aimerais que le secteur public arrive à un stade où il pourrait engager des universitaires de haut niveau et qu’il soit géré comme le secteur privé.
CDL : Mais revenons à la question de base : quels que soient les besoins, l’État peut-il supporter 210 000 chèques par mois ?
Marwan Iskandar : En 1991, le Premier ministre Omar Karamé a fait la grave erreur de relever les salaires de 60 %. L’impact de cette augmentation, compte tenu des indemnités, a été de 120 %. Le problème réside ailleurs, non pas dans le nombre de fonctionnaires, mais dans les procédures, dans les modes de travail. Moderniser le système, informatiser l’administration, simplifier les formalités, c’est là qu’il faut agir.
CDL : La proposition du ministre Fouad Siniora d’appliquer un horaire de travail de 40 heures peut-elle encourager les démissions ?
Marwan Iskandar : Il s’agit de pouvoir contrôler les présences. À mon avis, si les fonctionnaires travaillaient 12 heures effectives seulement, leur rendement serait nettement meilleur. Malheureusement, dans un pays comme le Liban, le contrôleur a tout à fait la même mentalité que les personnes qu’il contrôle. Notre seule bouée de sauvetage, ce sont la création et l’implantation d’un projet administratif moderne.
Des dépenses injustifiées
Fadi Osseirane : En ce qui concerne les dépenses d’éducation, puisque l’école publique existe, pourquoi verser aux fonctionnaires des frais de scolarité dans les écoles privées. C’est ici qu’il y a une contradiction flagrante, alors que le pays continue à investir dans l’enseignement public.
Kamal Hamdan : Certains hauts fonctionnaires ou militaires touchent jusqu’à 30 000 dollars, rien que pour leurs enfants universitaires… C’est inacceptable.
Roger Melki : Il ne faut pas oublier que cette “allocation d’éducation” fait partie du salaire du fonctionnaire et augmente selon la catégorie à laquelle appartient le fonctionnaire. Finalement, la seule solution pour régler le problème de notre économie, c’est d’adopter une nouvelle optique : réduire les dépenses est tout juste un des volets ; avoir recours à des sociétés d’audit, à cet effet, serait bénéfique.
Ghazi Youssef : Les chiffres peuvent nous éclairer. Les dépenses militaires représentent 20 % du budget, le service de la dette 43 % et le solde, soit 37 %, finance les autres ministères et services…
CDL : Devrait-on donc réduire les dépenses militaires ?
Ghazi Youssef : Nous avons 70 000 éléments à qui l’on paie des salaires et qui bénéficient surtout de beaucoup d’avantages en nature et en espèces. À mon avis, oui. On peut réduire ces dépenses.
Agir sur les taux
Ghazi Youssef : Le volet le plus important est certainement le service de la dette. La dette publique libanaise est constituée à 70 % de dettes en LL (échéance moyenne 14 mois) et à 30 % de dettes en devises (échéance moyenne 3 ans et demi). Les délais sont donc courts et les intérêts élevés. La notation du Liban est négativement influencée par les indicateurs économiques. C’est pour cela que la marge d’intérêt (au-dessus du taux américain de base) est actuellement de 576 points, alors que dans le temps elle ne dépassait pas 400. Si nous parvenons à allonger les échéances de remboursement et à réduire les marges d’intérêt à payer, nous consacrerons par exemple au service de la dette 2 milliards $ au lieu de 3. Comment ?
• En augmentant les dépôts de la BDL : actuellement, nous avons un milliard de dollars de dépôts. Si nous parvenons à obtenir 3 ou 4 milliards, nous aurons de l’argent frais à un moindre coût.
• En garantissant le service de la dette par une source internationale. Ceci permettrait de réduire disons de 300 points le “credit rating” (la marge d’intérêt supplémentaire).
• En s’endettant en contrepartie des dépôts.
• En liquidant certains actifs de l’État.
• En garantissant la dette par l’achat de “zéro-coupons”.
CDL : Et l’or ? Peut-on y toucher ?
Ghazi Youssef : Dans la conception de certains, et ils sont nombreux, c’est une richesse justement intouchable.
Marwan Iskandar : J’avais suggéré déjà au président Élias Sarkis de vendre notre or. Bien des pays ont soit vendu l’or, soit l’ont fait fructifier.
CDL : Pouvons-nous obtenir des crédits octroyés par des pays et non par des institutions ?
Marwan Iskandar : Dans le monde industriel, aujourd’hui il existe un surplus de capitaux qui ne demandent qu’à s’orienter quelque part. Nous pourrions attirer ces capitaux, si nous étions en train d’œuvrer dans la bonne direction. Le président de la Commission européenne Romano Prodi avait fait remarquer lors de sa visite au Liban que nous devrions adopter le statut de “City State”, c’est-à-dire que pour pouvoir s’intégrer au système de mondialisation, il nous faudrait privatiser tous les secteurs sans exception, à part l’armée et les Affaires étrangères.
Une stratégie à l’épreuve
Fadi Osseirane : Le gouvernement actuel a une stratégie pour régler la crise. Cette stratégie se base sur deux éléments principaux :
• Développer l’économie, augmenter le PIB.
• Convertir une partie de la dette en LL en dette en devises, dont la charge est moins lourde.
Marwan Iskandar : Mais il ne faudrait surtout pas que cette dynamique qu’on essaie de créer ne retarde la prise de décisions radicales, qu’elle donne une impression de confort aux dirigeants.
Kamal Hamdan : Justement, la réunion élargie des pays amis, prévue pour juillet ou septembre, n’aboutirait à aucun résultat si un chiffrage détaillé des solutions radicales n’est pas présenté. C’est le seul moyen d’obtenir des engagements de la part des financiers (États, banques et institutions).
Ghazi Youssef : Rafic Hariri a son propre point de vue concernant la gestion de la crise, mais ce point de vue n’est pas forcément partagé par l’ensemble de la classe politique. Ces derniers seraient-ils prêts à prendre les décisions difficiles qui s’imposent ? En tout cas, à ma connaissance, un tel chiffrage détaillé sera bien présenté.
Marwan Iskandar : Pour régler ce problème, il faut un peu de bon sens et de souplesse. Cette période de transition de la gestion du problème monétaire à la gestion du problème économique est la période la plus importante, car, si le problème économique est traité, la question de la dette sera alors facilement résolue. Dans les années 80, les États-Unis étaient très endettés et s’attendaient à ce qu’en 2002 le Japon devienne la première puissance mondiale. Grâce à leur croissance continue, les États-Unis prévoient maintenant un excédent de 1 600 milliards $. Nous ne sommes pas les États-Unis, il est vrai, mais avec la diminution des coûts de l’administration et la privatisation, cela pourra être notre cas d’ici à 4-5 ans, si nous progressons de manière continue. Mais d’ici à un an, nous sommes dans une période de grand danger. Il faut qu’il y ait réforme administrative par la rénovation par “ îlots” – on ne pourra épurer le personnel administratif – comme ce fut le cas avec la douane, ou comme ce sera peut-être le cas avec la TVA. En plus de cela, il faudra rénover le travail administratif, qui permettra d’encourager les investissements dans certains projets. Si nous arrivons à faire démarrer deux projets principaux, nous dynamiserons l’économie libanaise.
Il y a tout d’abord le projet avec l’Irak qui pourrait nous fournir du pétrole en quantité dépassant notre consommation, à de bons prix. Avec le reste, nous lui fournirons des produits industriels, ce qui nous permettra d’augmenter l’exportation de 60 %. Il semble que les États-Unis – qui ont leur mot à dire concernant l’Irak – et les instances internationales conçoivent actuellement l’idée que le Liban puisse soutenir un tel projet. Je pense que s’il est mis à exécution, nous avons de grandes chances de nous en sortir.
D’un autre côté, nous avons au Liban des ressources hydrauliques qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs dans la région. Il nous faut un plan hydraulique national pour la sauvegarde des eaux et la construction de lacs et de barrages et la purification de l’eau. Cela nous permettra éventuellement d’exporter de l’eau dans un pays comme la Syrie qui est sous pression en raison de la maîtrise turque des eaux et de l’alliance stratégique entre la Turquie et Israël. Il y aura bientôt un accord avec la Syrie portant sur le gaz naturel qui est moins cher que d’autres combustibles. Nous pourrions payer la facture du gaz naturel par l’exportation de l’eau. Cependant, il faut que ce soit l’une des grandes compagnies internationales d’eau qui se charge de ce projet, et non le gouvernement libanais.
Donc, en dépit des scénarios catastrophes dont on entend parler, nous avons une chance de sortir de la crise, à condition qu’il y ait une modification réelle dans la politique économique.
Privatisation radicale
ou progressive ?
CDL : En ce qui concerne la privatisation, vous semblez vous accorder là-dessus dans les grandes lignes, même si, dans son application, les avis sont divergents. Mais est-ce que vous trouvez qu’il faut privatiser tous les secteurs, mis à part la sécurité et autres volets stratégiques ?
Kamal Hamdan : Dans une position de principe, si je dois choisir entre 2 000 postes dans un service public qui manque de productivité et 4 millions de citoyens libanais, je me range d’emblée du côté de ces derniers. En conséquence, je suis pour la privatisation, notamment en ce qui concerne les institutions qui n’ont pas vraiment de lien avec le concept de service public. C’est le cas de l’EDL, de l’eau, du casino, de la régie, de l’aéroport…
Pour ce qui est de l’éducation et du service hospitalier, ils pâtissent d’une mauvaise gestion, et ils sont coûteux. Il faudrait donc, dans ce cas, donner la priorité à une réforme administrative.
Dans une étape intermédiaire, on pourrait reprendre une idée qui a figuré dans le programme d’ajustement financier du gouvernement précédent et qui est celle de transformer les établissements publics en entités gérées comme dans le secteur privé. Il s’agit de les rendre progressivement indépendants sur le plan administratif et financier, de les soumettre à la loi du travail. Ils auront ainsi le droit de fixer les salaires et de licencier les employés selon leurs propres termes. De la sorte, nous serions ainsi en train d’ajourner la privatisation classique.
CDL : Mis à part la privatisation, comment l’État pourrait-il augmenter ses recettes, que ce soit à travers l’impôt ou à travers d’autres systèmes non fiscaux ?
Marwan Iskandar : Il faut augmenter la perception fiscale. C’est une évidence. Pour ce faire, il existe deux méthodes : soit on augmente directement l’impôt, mais on est dans une situation économique déjà grave, soit, et c’est ce que le gouvernement se propose de faire, on augmente la taille de l’économie, ce qui aura des répercussions immédiates sur les recettes de l’État.
CDL : Comment pourrait-on augmenter les recettes de l’État, mis à part les taxes déjà en vigueur, et la meilleure perception de l’impôt ?
Marwan Iskandar : Actuellement, le climat international, le partenariat euro-méditerranéen et l’OMC imposent la TVA accompagnée de la diminution des autres taxes. Il est devenu évident qu’on ne pourra pas éviter l’application de la TVA.
Fadi Osseirane : En réalité, on n’a pas vraiment besoin d’augmenter les impôts. Il est juste demandé de pouvoir collecter les impôts actuels. Pour ce qui est des voitures, à titre d’exemple, nous sommes incapables de collecter la taxe mécanique imposée, car l’opération de collecte comporte de nombreux vices.
CDL : Nous parlons toujours de la perception. Mais qu’en est-il des profits non imposés, comme les taux d’intérêt ou la spéculation foncière ? Pourrait-on élargir, dans ces cas, l’assiette fiscale ?
Marwan Iskandar : On pourrait considérer l’imposition sur la vente foncière, sur les spéculations et certaines d’entre elles sont appliquées en Europe. Mais M. Osseirane a parlé de ces impôts qui devraient être collectés et qui ne le sont pas. Si on collectait 100 % des factures de l’électricité au lieu de 48 %, on pourrait baisser le prix de l’électricité de 25 % et on aurait augmenté les revenus de 50 %. Avec la privatisation, on diminue les coûts et, si de surcroît on améliore la collecte, cela constituerait un réel progrès.
CDL : On a mentionné l’idée d’une meilleure exploitation des actifs de l’État. Que peut-on faire à cet égard ?
Kamal Hamdan : On peut louer le terrain pour 50, 90 ans… Une révision de la gestion de la propriété foncière publique s’impose donc d’emblée.
Ghazi Youssef : L’État pourrait faire du leasing avec ses propriétés foncières pour encourager les projets, mais il y a aussi des actifs publics dont l’État peut se débarrasser.
Forger les idées de base
Roger Melki : Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux pays étaient en faillite, mais c’est à ce moment que s’est forgée l’unité sociale. Il faut non seulement une décision politique, mais aussi une décision démocratique qui puisse s’imposer.
Kamal Hamdan : Tout d’abord, la priorité doit être à la réconciliation et à la mobilisation sur le plan politique. Il faut aussi un programme d’ajustement, un dossier chiffré. En troisième lieu, il faut mobiliser les gens afin qu’ils supportent les coûts de décisions auxquelles ils ne sont pas habitués jusqu’à maintenant, comme l’abaissement du niveau de consommation. Quatrièmement, il faut penser à la restructuration du domaine public, à la privatisation, à la “sociétisation”, ainsi qu’à la délimitation du rôle de l’État et du service public. Il faut aussi assurer un support au secteur privé libanais et étranger pour qu’il puisse aider à l’élargissement de l’assiette.
Ghazi Youssef : Le gouvernement a profondément conscience de l’ampleur du problème. Il faut que toute la classe politique en soit consciente. Le gouvernement ne peut prendre seul les mesures qu’il préconise, il faut pour cela une couverture et un consensus populaire. Si ces éléments sont assurés, on pourra éviter la crise.


