C’est nouveau, tout beau et franchisé du leader français, Liban Lait est en passe de modifier la mode de consommation des Libanais.

En s’appuyant sur des marques françaises exploitées sous licence, Liban Lait SAL, dont les principaux actionnaires sont Nabil de Freige, Mohamed Zeidan et Michel Waked, a investi 30 millions $ et compte sur la collaboration de 170 employés. Un point de départ qui a permis à Candia et Yoplait, deux sociétés sœurs du groupe leader en France, SODIAAL, d’occuper des niches prometteuses de marché, locales mais aussi régionales, en l’espace d’un an. Rappelons que Candia est numéro 1 en France.
«Au Liban, confie Michel Waked, PDG de Liban Lait, la consommation du lait frais bouleverse les habitudes alimentaires. Privé depuis des générations d’une véritable industrie laitière, le Libanais s’est rabattu sur le lait en poudre». En fait, c’est depuis le milieu des années 90 avec l’introduction timide du lait frais produit au Liban que le goût alimentaire est en passe de se modifier. Aujourd’hui encore sur les 70 millions de litres de lait bus par les Libanais, seuls 3 millions de litres de lait frais sont consommés.
Reste que le secteur de la production du lait et de ses dérivés est relativement dense, puisque l’on compte environ 6 000 entreprises artisanales, semi-artisanales et industrielles. Si le secteur tend donc à se développer, reste un talon d’Achille qui le rend vulnérable : un manque de transparence évident, commente M. Waked. Les produits mis en vente ne détaillent pas ce qui rentre dans leur composition, et d’ailleurs, s’ils le faisaient, qui pourrait les contredire en l’absence de contrôle rigoureux de la part de l’État ?
Il faudrait donc gagner la confiance du consommateur tant local qu’étranger. Récemment, il a fallu l’approbation d’un comité formé de 7 personnes pour que Liban Lait arrache aux Israéliens la signature d’un contrat avec la FINUL d’une valeur d’un million et demi de dollars. Étalé sur deux ans, ce contrat stipule la fourniture aux 5 500 soldats de la FINUL basés au Liban des produits laitiers. Une victoire pour l’industrie libanaise, puisque la FINUL s’approvisionnait depuis 22 ans auprès d’Israël.
Ce sont aussi les normes de production internationales suivies par Liban Lait qui lui ont ouvert dernièrement les portes de l’export vers des pays exigeants en la matière comme l’Arabie saoudite et la Jordanie. En retour, outre le know-how, Liban Lait importe le fourrage de luzerne d’Espagne, les fraises et abricots de France pour les parfums des yaourts ainsi que les boîtes d’emballage. «Il est vrai que le Liban produit ces mêmes fruits et que des entreprises locales fabriquent des cartons d’emballage de qualité… Mais il nous est difficile au début de notre développement de miser sur des fournisseurs hypothétiques. Il est cependant certain qu’à l’avenir nous comptons collaborer davantage avec les différents paramètres de l’industrie locale. En fait, l’industrie laitière pour nous représente plus qu’une unité de production isolée, un concept agroalimentaire qui devrait contribuer au développement du monde rural».


C’est un cheptel composé d’environ 1 100 têtes de vaches importées de France qui assure à l’industrie laitière de Liban Lait son autonomie en matière de lait frais. Élevées dans la ferme juxtaposée à l’usine au cœur d’un vaste domaine de 500 000 m2 situé au cœur de la Békaa, les vaches représentent les mères nourricières de ce projet agroalimentaire. Les animaux souffrants et les vaches sur le point de mettre bas sont séparés du reste du cheptel et envoyés à l’hôpital de la ferme où un vétérinaire belge leur prodigue les soins nécessaires.


De la nature des aliments dépend la qualité du lait. Un axiome de brûlante actualité. Fourrage de luzerne importé d’Espagne, cônes de maïs broyés commandés aux agriculteurs locaux, sont avalés au rythme de 20 kilos par jour et par tête de bétail. Si, pour obtenir 5 tonnes de fourrage, il faut 1 000 m2 de surface plantée, il faudrait pour nourrir une seule vache cultiver 2 000 m2 de terrain par an.


C’est au laboratoire du projet que sont effectuées des analyses régulières du lait et de ses dérivés. Ces mesures permettent de vérifier si le produit est propre à la consommation, en mesurant sa teneur en germes, tels que les cholyformes. Il est bon de savoir qu’en France il est permis de commercialiser des articles contenant 50 000 cholyformes par unité, alors que Liban Lait ne dépasse pas les 1 000 cholyformes par unité.


Une fois récolté, le lait frais est immédiatement refroidi à 0oC et déposé dans des fûts hermétiquement fermés. Par la suite, c’est la durée de conservation voulue qui déterminera le mode de traitement. Destiné à être bu frais, il sera pasteurisé à une chaleur de 90oC. Pour une longue conservation, il sera soit stérilisé, soit traité à Ultra haute température (UHT). Ces deux procédés nécessitent une chaleur de 140oC et ne sont différenciés que par la durée du traitement : 30 minutes pour la stérilisation et 2 secondes pour l’UHT… sans autre mesure de conservation ou additifs chimiques.


La gamme du lait commercialisé se décline sur plusieurs tons : lait entier, allégé, aromatisé à la fraise, à la banane ou au chocolat. Idem pour le yaourt qui se boit en version coupée à l’eau et au sel (ayran) ou en dessert grâce à l’addition de 17 % de fraises et d’abricots. Les produits adaptés au goût du pays comme le ayran et le labné vont bientôt être acheminés vers certaines villes d’Europe où des colonies libanaises sont établies.


Si un litre de lait équivaut à un kilo de laban, l’équation lait/labné est différente, puisqu’il faut 3 litres et demi du premier pour obtenir 1 kilo du second. Étiquetée sans additif, ni conservateur, l’analyse de la boîte de labné Yoplait démontre l’absence d’acide scorbique, alors que le taux permis par l’État libanais est de 50 mg par kilo.


Du jour 0 de la date de production au 30e jour de l’expiration, le produit garde une saveur et une validité égale. Une donnée que tend à oublier le consommateur qui boude de manière générale les articles proches de la date d’expiration. C’est pour répondre aux besoins ponctuels du marché qu’une flotte de 36 camions réfrigérés dessert, au quotidien, les multiples points de vente.