Des réserves considérables de pétrole aiguisent les appétits des 5 pays riverains
de la Caspienne. Et l’Afghanistan des taliban n’est pas loin.
Le pétrole de la Caspienne est, on le savait, l’un des facteurs principaux dans la montée en puissance du régime des taliban et des organisations intégristes qui le soutiennent, à commencer par la nébuleuse Ben Laden. La question de l’acheminement du pétrole et du gaz de cette région aux réserves considérables est l’objet, depuis des années, d’un bras de fer entre plusieurs États, notamment la Turquie, l’Iran et le Pakistan, chacun tentant de convaincre les grandes puissances occidentales, à commencer par les États-Unis, de faire aboutir l’oléoduc sur son rivage. Quant à l’exploitation du pétrole offshore de la mer Caspienne, elle fait l’objet de son côté de tractations sans fin entre les pays riverains qui ne parviennent toujours pas à se mettre d’accord sur la répartition des fonds sous-marins, dont l’exploration ne fait que commencer vraiment.
Pour le pipeline destiné à acheminer ce pétrole vers les pays occidentaux, ce sont des considérations aussi bien économiques que politiques qui ont été prises en compte. La Turquie faisait valoir sa proximité de l’Europe ainsi que son appartenance à l’Otan et la perspective d’une adhésion à l’Union européenne. L’Iran mettait en avant les avantages de sa position géographique qui rendrait la construction d’un pipeline aboutissant chez lui moins onéreuse qu’ailleurs. Quant au Pakistan, il comptait que les États-Unis lui seraient reconnaissants d’avoir soutenu le régime des taliban contre l’Iran pour faire aboutir le projet d’un oléoduc reliant Bakou à Karachi.
En 1998, un accrochage a bien eu lieu entre l’Iran et l’Afghanistan, mais, avait souligné à l’époque le quotidien saoudien basé à Londres Asharq al-awsat, il faudra aussi compter avec l’avis d’acteurs indirects, nommant Oussama Ben Laden. L’an dernier, l’Azerbaïdjan, la Turquie et la Géorgie ont tenu des entretiens à Washington sur le financement d’un oléoduc de 2,4 milliards $ destiné à transporter le brut de Bakou à Ceyhan, en Turquie. Mais les experts s’étaient dits sceptiques quant aux possibilités de trouver des investisseurs en raison, d’une part, du volume prévu de la ligne, et, d’autre part, de l’instabilité de l’Azerbaïdjan et des incertitudes pesant sur la Géorgie. Les nombreux projets concernant des gazoducs aboutissant en Turquie demeurent également en suspens, principalement en raison des difficultés économiques que connaît la Turquie.
Mais le projet n’est pas abandonné, d’autant qu’en l’absence d’autres moyens d’acheminement que les siens, c’est la Russie qui garde la main haute sur le transport du gaz.
Entre-temps, le Kazakhstan a annoncé qu’il pourrait rivaliser avec l’Arabie saoudite, dans les 20 années à venir, dans le monde des producteurs de pétrole. L’ancienne République soviétique, l’année dernière, a produit juste 670 000 barils de pétrole par jour, mais comptait porter ce chiffre à 800 000 en 2001. Il en faudrait dix fois plus, soit 8 millions de barils/jour pour être au niveau de la production actuelle du royaume saoudien. Mais le Kazakhstan espère y parvenir avec l’exploitation d’un très important gisement de pétrole situé dans son secteur du fonds de la mer Caspienne. Encore faudrait-il que les autres riverains ne lui disputent pas cette trouvaille.
À qui appartient
la Caspienne ?
En effet, c’est l’un des problèmes les plus épineux à résoudre depuis la chute de l’empire soviétique. Jusque-là, la mer Caspienne n’avait que deux riverains, l’Union soviétique d’un côté et l’Iran de l’autre, qui avaient réglé la question de la répartition de la Caspienne par deux traités conclus, l’un en 1921 et le second en 1940. Aujourd’hui, ils doivent faire bon ménage avec trois autres pays, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan. Cela ne va pas sans mal, comme l’avait démontré l’incident qui a eu lieu en juillet dernier, lorsqu’un bâtiment de guerre iranien avait contraint deux navires d’exploration azéris, affrétés par British Petroleum, à rebrousser chemin. L’incident n’a pas eu de suites, mais le problème reste entier.
La question est de savoir si la répartition se fera de manière égale, chaque pays obtenant 20 %, ou bien si cette répartition se fera en fonction de l’importance du littoral de chacun sur la Caspienne. En tout état de cause, la découverte de nouvelles ressources pétrolières ou gazières dans les fonds de la Caspienne pourrait exacerber les choses, et créer des dissensions, et des alliances nouvelles.


