En attendant les prochaines étapes de la guerre américaine “contre le terrorisme”,
les pétroliers de la région révisent leurs alliances. Autant que faire se peut.

Puissances pétrolières et régionales, objets de bien de ménagements naguère, l’Arabie saoudite et l’Iran redoutent les effets réducteurs de la politique américaine de l’après-11 septembre sur leur statut économique et politique dans la région. La première pense utiliser son pétrole pour renforcer sa position politique, tandis que le second use de politique pour revendiquer sa part de la manne de la Caspienne et améliorer sa situation économique.

Arabie saoudite :
les 2 voisins

Après avoir longtemps boudé la Jordanie, en raison du soutien que le royaume hachémite avait apporté à l’Irak lors de la guerre du Golfe, et n’avoir jamais vraiment eu d’égards pour le Yémen considéré comme un voisin récalcitrant, l’Arabie saoudite semble vouloir améliorer ses relations avec ses deux voisins. La Jordanie l’inquiète depuis le renforcement de ses liens économiques avec les États-Unis, et les rumeurs faisant état d’une collaboration possible de la Jordanie en cas d’offensive américaine contre l’Irak, offensive que Riyad redoute. Quant au Yémen, l’Arabie sait qu’en cas de problèmes internes, la bienveillance d’un voisin est préférable à sa malveillance. Dans les deux cas, selon des sources pétrolières informées, l’Arabie envisagerait de fournir du pétrole.
Dans le cas de la Jordanie, il serait question de rouvrir un oléoduc fermé depuis la guerre du Golfe. La Jordanie obtiendrait aussi du pétrole à bas prix et pourrait prélever des royalties, si cet oléoduc (Tapline) devait à nouveau servir à acheminer du pétrole jusqu’au Liban. En contrepartie, Amman ne s’engagerait pas, directement ou indirectement, dans une opération contre l’Irak. Selon les sources, la proposition saoudienne ne pèserait pas lourd face aux offres américaines faites à la Jordanie, surtout depuis que celle-ci figure au nombre des très rares partenaires commerciaux privilégiés des États-Unis. D’autres sources cependant estiment que la proposition saoudienne pourrait bien convenir aux États-Unis, puisque la Jordanie reçoit une partie de son pétrole de l’Irak.
Par ailleurs, des pourparlers seraient en cours pour la construction d’un oléoduc de quelque 500 km qui acheminerait du pétrole depuis le royaume wahhabite jusqu’au littoral du Yémen, à travers le Hadramout. Une aubaine pour le Yémen mais aussi pour bon nombre de notables et de sociétés dont Riyad chercherait à obtenir le soutien.

L’Iran :
revendications caspiennes

L’Iran, de son côté, a les yeux rivés sur la mer Caspienne et sur les pays pétroliers de l’Asie centrale et revendique, plus qu’une part du pétrole, une position stratégique dans la production ou l’acheminement du précieux liquide ; position dont il craint qu’on ne veuille l’exclure. Ces craintes s’étaient trouvées renforcées au moment du sommet d’avril qui avait réuni les cinq pays riverains de la Caspienne. Au cours de cette réunion, l’Iran avait exigé, mais en vain, de disposer de 1/5e des ressources pétrolières sous-marines, bien qu’il ne contrôle que 11 % du littoral de cette mer.
La revendication illustrait, plus que l’ambition de l’Iran, une tentative de mesurer son influence et son pouvoir auprès des forces en Asie centrale. L’Iran ne se réjouit guère des progrès réalisés pour la construction du pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan qui reliera l’Azerbaïdjan à la Turquie et contournera l’Iran. Mais l’Iran peut compter sur des alliés de taille dans son effort de lever ou de contourner les sanctions américaines. C’est ainsi qu’il est en pourparlers avec la Russie, le Pakistan et l’Inde pour la construction d’un gazoduc qui acheminera le gaz du champ de Pars au littoral indien. Un projet qui bénéficie du soutien de nombreuses compagnies pétrolières, notamment russe, française et britannique, toutes engagées dans le développement du gisement pétrolier de South Pars.
Reste que les relations entre l’Inde et le Pakistan se sont dégradées depuis qu’un protocole relatif à ce gazoduc avait été signé, il y a quelques semaines, entre la Russie et le Pakistan.