On l’aura compris. Rien ne se fera tout seul. À partir d’un premier ensemble de programmes, nous aurons de quoi nous occuper pendant au moins trois ans. Mais il faut bien commencer quelque part.

Les prochains mois seront consacrés à développer des programmes de coopération prévus dans le cadre du partenariat. Cette première phase durera 4 ans. Les programmes seront financés à hauteur de 80 millions d’euros. Dont 45 millions sont destinés à soutenir le secteur industriel et commercial, 22 millions l’environnement, 10 millions le développement rural et social et 3 millions l’éducation, notamment l’enseignement supérieur.
En 2003, il est prévu de débourser une première tranche de cette aide, soit 12 millions d’euros. Pour le moment, la phase d’instruction est terminée, il ne reste plus qu’à définir les “dispositions techniques et administratives” (DTA). Qui doivent être signées dans les prochaines semaines entre la Commission et les autorités libanaises.
Déjà, plusieurs chantiers sont identifiés (voir encadré par ailleurs) comme la conformité du cadre législatif libanais aux règles internationales du commerce, la mise à niveau du système judiciaire des affaires, la promotion de la qualité, l’aide au financement des PME, la modernisation des administrations douanière et fiscale, ou encore la capacité du Liban à mener des études économiques et à constituer des statistiques.

Investisseurs mécontents

«Nous recevons souvent des témoignages d’entreprises qui investissent au Liban et qui rencontrent pas mal de difficultés, parce que les circuits administratifs sont complexes et les régimes d’obtention des permis difficiles à comprendre», souligne Thomas Moullier, responsable des programmes de développement du secteur privé à la Délégation européenne. «Il faut poursuivre la modernisation du cadre législatif dans lequel opère les investisseurs», explique-t-il. Cette modernisation passe aussi bien par la mise à niveau du greffe des tribunaux de commerce que par la formation des professionnels du droit (greffiers, avocats, magistrats, etc.), ou encore par des échanges de fonctionnaires entre l’Europe et le Liban. «Il faudrait garantir une efficacité renforcée de la justice commerciale, car les délits des affaires sont de plus en plus complexes et nécessitent une haute technicité et donc expérience», propose M. Moullier. En principe, un programme de 3 millions d’euros sera mis en place à cet effet courant 2003.
En parallèle, le cadre de l’accord d’association stipule des actions sur le plan réglementaire comme la protection des consommateurs, la promotion des règles de concurrence, les luttes contre le monopole et le dumping et la protection de la propriété intellectuelle.
Selon Roy Badaro, industriel et président de l’unité OMC-Euromed auprès de la Fédération libanaise des Chambres de commerce, «toutes ces nouvelles dispositions seront très probablement votées cette année. En ce qui concerne la protection des consommateurs, le projet de loi actuellement à l’étude est le minimum admissible au regard des règles de l’OMC et de l’Euromed. Mais, cette loi est incomplète et il faudra la modifier d’ici à deux ans. Aujourd’hui, le temps presse et il est préférable que le consommateur soit un peu protégé que pas du tout».
Dans le cadre de l’aide au secteur privé, un programme sera sous étude à partir de février et aura pour vocation de développer des services intégrés pour les entreprises des secteurs des services, de l’industrie et du commerce. Doté d’un budget de 17 millions d’euros, ce programme intégrerait également un volet financement. «Il est envisageable d’associer la Banque Européenne d’Investissement (BEI) à ce fonds. Reste maintenant à définir si le Liban est assez mûr pour un produit de capital-risque. L’idée est de démarrer un projet à l’horizon 2004 dans ce domaine», explique M. Moullier.

Sécurité alimentaire

La Commission européenne estime que, dans le cadre d’un espace économique méditerranéen sans frontières, les questions de normalisation et de la qualité sont prioritaires. Un programme pluriannuel, doté de 15 millions d’euros environ, devrait permettre «la mise en place d’une chaîne qui garantisse la qualité des produits afin de permettre leur exportation et protéger le consommateur. Cette chaîne doit être créée de bout en bout : de la mise en place de normes, secteur par secteur, à la création d’unités de certification et de contrôle de ces normes, en passant par le développement de laboratoires de certification. C’est un énorme chantier pour le Liban», explique M. Moullier.
Dans le cadre de l’exportation, les entreprises concernées vont devoir répondre à un certain nombre de demandes phytosanitaires, de niveau de pesticides dans certains produits agricoles de certification fiable de produits... Dans le domaine de la sécurité alimentaire, «nous préconisons la création d’une agence qui regroupe les compétences de contrôle et de décision. Aujourd’hui, le chevauchement des compétences conduit à une situation inefficace. Sur le plan interne, les aliments sont peu contrôlés. Sur le plan externe, on a eu parfois des problèmes. En effet, la Suède a détecté de la salmonelle dans une boîte de téhiné», souligne M. Moullier. Il faut créer des agences, éventuellement sectorielles, qui auront pour mission d’alerter les autorités en cas de problème.
Des laboratoires de qualité pour l’huile d’olive et le vin devraient être mis en place en 2003 ou 2004. Les produits seront testés par des laboratoires accrédités, qui émettront des certificats acceptés et reconnus à l’étranger. «Effectivement, cette chaîne sera mise en place dans un premier temps pour le vin et l’huile d’olive», confirme M. Badaro. Pour le moment, ce type de programme n’est pas prévu pour la téhiné, même si le Liban en est le premier exportateur.

Regroupement par secteur

Le projet de “clusters”, cher à Roy Badaro, a été retenu et fera partie de ceux qui seront financés par l’enveloppe de 12 millions d’euros. «Par exemple, pour le vin, on pense à toute la filière : en amont (le raisin), en aval (l’emballage, l’étiquetage, le design, les codes barres, les dates de production et d’expiration, le transport, etc.) et en latéral (vinaigre)». D’un produit au départ, une étude de tout l’environnement est réalisée. Cela conduit à un gain de compétitivité, car les industriels se répartissent le travail dans la chaîne de production. «C’est un concept nouveau que nous voulons introduire auprès des entreprises pour qu’elles aient une vision stratégique de l’export», explique-t-il. Il faudra compter entre 2 et 3 ans pour que le système de clusters soit mis en place. Quatre types de produits ont été d’abord retenus : vin, conserves, confiture et plantes médicinales.
Enfin, Roy Badaro propose aux entreprises agricoles de se spécialiser par exemple dans les produits bio. «Nos produits agricoles sont chers et les agriculteurs n’ont pas les moyens de produire en grande quantité et selon les critères établis par les supermarchés européens. Si nos agriculteurs arrivent à faire de la production bio, ils ne seront pas assujettis à des standards de volume minimal et les prix élevés ne seraient pas rédhibitoires». Il serait même intéressant à créer une appellation géographique contrôlée. Ce type d’agriculture n’est envisageable que dans 5 ans. Il faut, dans un premier temps, améliorer l’état de la terre, la purger notamment des pesticides. Bref, tout un chantier mené par le secteur privé. Qui a cependant besoin d’une oreille attentive de la part des départements administratifs concernés. Ce qui est parfois problématique.