À condition bien sûr de ne pas choisir une spécialité complètement saturée,
le génie reste un métier qui rapporte – et qui est exportable.

«Quand le bâtiment va, tout va !». Pour le célèbre dicton, l’inverse est aussi vrai, comme l’illustre la situation de l’immobilier au Liban. Architectes et ingénieurs civils sont parmi les premiers touchés par le marasme, après l’euphorie de la construction et des travaux publics de 1992-1995. En dehors de cette parenthèse, un diplôme d’ingénieur, dans certaines spécialisations plus précisément, est un bon point de départ pour une carrière réussie.
Créé en 1951, l’Ordre des ingénieurs de Beyrouth compte aujourd’hui 26 500 membres enregistrés (dont 25 000 actifs), un chiffre en augmentation constante. Appartenir à cet Ordre, ou à celui de Tripoli (qui compte environ 500 ingénieurs), est une étape importante de l’entrée dans la vie professionnelle. Mais cette adhésion n’a rien de systématique. «Le titulaire du diplôme d’ingénieur doit avoir également un bac libanais scientifique, explique Sobhi Bsat, président de l’Ordre des ingénieurs de Beyrouth. Le diplôme doit être le couronnement d’un cursus sur cinq ans (ou quatre ans dans les universités américaines grâce aux sessions d’été) et délivré par une université, libanaise ou étrangère, accréditée par l’Ordre. Leur programme doit correspondre à celui donné par l’Université libanaise. Tout cela est précisé par la loi 636 que nous appliquons».
L’adhésion coûtera 800 000 LL la première année, puis 500 000 LL les années suivantes, mais elle assure au membre un certain nombre d’avantages sociaux, dont une retraite. Elle permet surtout un accès plus facile à l’embauche, par la reconnaissance qu’elle entraîne.

Tendances
en vogue

Une fois enregistré, le jeune diplômé peut donc se lancer dans la chasse à l’emploi. «Certains diplômés tentent directement d’ouvrir un cabinet mais, dans la plupart des cas, le premier travail s’obtient dans une entreprise spécialisée, indique Sobhi Bsat. Ce que je recommande afin d’acquérir une bonne expérience concrète dans une firme reconnue».
Si les branches traditionnelles du génie, civil et mécanique en particulier ainsi que l’architecture, souffrent de la récession dans le bâtiment, d’autres sont recherchées. «Toutes les spécialisations touchant à l’environnement et à l’eau sont très demandées aujourd’hui, note Bsat. Les entreprises, privées et publiques, sont de plus en plus conscientes de la nécessité de protéger l’environnement. Les télécommunications et l’informatique sont un autre axe très porteur, d’autant que beaucoup de jeunes diplômés, parmi les meilleurs, partent malheureusement travailler à l’étranger».
Il faut savoir qu’en dépit de la crise, l’offre d’emplois spécialisés en génie reste important, car le Liban joue toujours le rôle de fournisseurs de services dans la région. «Les bureaux d’ingénieurs libanais ne travaillent pas que pour le Liban, poursuit Bsat. Les grosses firmes, ou même les moyennes, ont un accès très large aux marchés arabes comme l’Arabie saoudite ou le Koweït, et parfois vers l’Europe, l’Asie ou l’Afrique».
Ainsi, même les diplômés des spécialisations pointues sont recherchés. Si ce n’est pas pour des projets locaux, ce sera pour l’étranger ou même dans l’enseignement.
Au démarrage dans la vie active, un salaire de 1 000 $ reste honorable, pour un jeune ingénieur diplômé d’une bonne université, selon Sobhi Bsat. Si, en règle générale, un ingénieur en télécommunications est mieux rémunéré qu’un ingénieur civil, les compétences et la personnalité de chaque diplômé auront un impact déterminant sur la suite de la carrière. Une nouvelle recrue particulièrement performante pourrait doubler son salaire en quelques années seulement. Ce qui donne, au pire des cas, un retour sur investissement en 4 ans. En fin de carrière, l’ingénieur, à ouverture régionale, peut s’assurer des revenus confortables, pouvant atteindre 10 000 $ par mois, sans compter une éventuelle part sur les bénéfices du bureau.
Néanmoins, cette profession étant souvent libérale et extrêmement diversifiée, il reste difficile d’émettre des chiffres fixes. «Le marché du travail n’est pas bien étudié au Liban, constate Bsat. Surtout que la quantité réelle de projets est fluctuante. C’est pourquoi, l’Ordre a émis un tarif conseillé pour les commissions des ingénieurs libéraux dans le secteur du bâtiment par exemple, de l’ordre de 7 %, tout compris».
En conclusion, le marché du travail pour ce secteur d’activité connaît des mouvements parallèles : recul dans le civil, forte croissance dans les communications, recherche des spécialisations plus poussées et moins connues. Devenir “ingénieur” ne suffit plus ; le bon choix de la formation s’avère plus que jamais crucial.