Une association d’aide qui se transforme en secteur productif.
De quoi revigorer le PIB, mais aussi de créer une approche
différente des marginalisés. En fait, arcenciel, les jours pluvieux, fait la différence.

arcenciel a pendant longtemps été associée uniquement à sa mission première qui fut, depuis 1985, l’aide aux handicapés. De proche en proche, le champ d’action s’est élargi, presque naturellement, pour favoriser la réinsertion sociale et professionnelle des marginalisés en général : handicapés, anciens toxicomanes, prisonniers ou jeunes délinquants.
Ces personnes peuvent intégrer l’association en qualité de travailleurs au sein des ateliers pour fabriquer différents outils (voir tableau des produits). Ou bénéficier d’aides techniques et de services proposés par les premiers. Sorte de circuit intégré.
Car l’approche d’arcenciel a ceci de particulier qu’elle applique le principe de “la personne en difficulté au service de la personne en difficulté”. «Ici, tout le monde a un historique de marginal. Ce sont les personnes sur chaises roulantes qui réparent et fabriquent des chaises roulantes pour celles qui en ont besoin ; ce sont des ex-délinquants qui s’occupent de l’animation des clubs de jeunes», nous explique un des fondateurs de l’association qui, comme tous les autres, cultive la modestie en restant anonyme.
Par ce programme de réhabilitation et d’intégration des marginaux, arcenciel veille cependant à ne pas créer un environnement refuge un peu… marginal, mais un tremplin vers la vie active et sociale. Plusieurs milliers de personnes, aidées par arcenciel, sont aujourd’hui employées sur le marché du travail ou gèrent leur propre business ; et d’autres sont venues occuper leur place dans les locaux de l’association pour suivre, à leur tour, un programme de réhabilitation.
«Nous refusons de nous positionner comme une élite qui prétend trouver des solutions toutes faites aux problèmes des autres. Nous devons, avec les usagers eux-mêmes, identifier leurs besoins et y répondre par des services adaptés», souligne un des responsables de l’association.
Tous les problèmes ne pouvant être réglés sur place, des centres, proposant des aides techniques, des soins médicaux, thérapeutiques, et autres, ont été prévus dans les régions (entre autres Halba, Akkar el-Atika, Taanayel, Antélias, en plus du centre principal à Jisr el-Wati).
À part les volontaires qui travaillent sur le terrain, arcenciel a développé une chaîne de solidarité, sous forme de base de données riche en contacts utiles, et de liste de personnes occasionnellement bénévoles, qui répondent à l’appel pour compléter ses services à un moindre coût.
Pour favoriser un cadre légal qui gère toutes ces activités, arcenciel a elle-même élaboré un programme national pour les personnes handicapées. En 1994, le programme public initié par l’association puis adopté par le ministère des Affaires sociales a donné naissance, en 2000, à une législation qui détermine, entre autres, les critères d’éligibilité aux aides et le droit à une couverture sociale. Pratiquement, cela s’est traduit par une structure étatique, appelée “Accès et droits”, qui est maintenant logée dans 5 centres, dont un dans les locaux d’arcenciel à Beyrouth.

Une association-entreprise

Un esprit de militantisme règne dans la maison. Ce qui frappe chez les personnes volontaires à l’arcenciel, c’est leur implication (aucune notion d’heures supplémentaires) et leur rigueur. «C’est indispensable, reconnaît le directeur général. Contrairement à ce qu’on croit, c’est justement parce qu’on traite avec des personnes en difficulté qu’on doit être plus rigoureux, et utiliser les outils de gestion propres aux entreprises performantes. Le bon management n’est pas en contradiction avec le travail social».
Cette rigueur se traduit en interne par une gestion informatisée : réseau Internet généralisé, bases de données, gestion électronique des documents sur Intranet, visioconférences reliant les différents centres, logiciels et programmes ultramodernes pour le traitement des informations individuelles, la gestion des commandes, livraisons et stocks.
Pour gérer les quelque 20 000 m2 de l’institution, 220 travailleurs et un nombre important de bénévoles, l’association s’est restructurée en un genre de holding : une administration générale regroupe la comptabilité, les finances, le secrétariat, les ressources humaines ; un département gère les centres répartis dans les régions et un autre le réseau des volontaires. Au sommet de la pyramide, le département “Partage” est une version sociale du “business development” : il préserve l’esprit d’origine d’arcenciel, tout en gérant les effets éventuels d’une crise de croissance. Il regroupe, en son sein, une section “capitalisation” ayant pour but de transformer l’expérience pratique de l’association en outils de formation (séminaires, manuels, films).
Au sein de ce département, une section “recherche de fonds” a été nouvellement créée pour trouver des ressources et démarrer de nouveaux programmes. La recherche de fonds sert également à mener des campagnes diverses (organisation d’expositions, pièces de théâtre), en accord avec l’éthique de l’association, et trouver l’argent nécessaire pour faire fonctionner ses différents programmes. Et malgré des débuts difficiles, les donations sont arrivées toutes seules et continuent à le faire.
Avec le temps, la performance de l’association lui a valu la réputation de “riche et puissante”. «Les gens confondent richesse et efficacité, note un fidèle de la maison. C’est grâce à notre performance que nous avons grandi petit à petit. Mais plus on est performant plus il y a de demandes, d’où un besoin de ressources plus grand». En effet, lorsque “Accès et droits” a accrédité plusieurs associations pour la distribution d’aides techniques, en donnant le choix à l’usager de s’adresser à celle qu’il veut, la part de marché d’arcenciel sur ce créneau – si on ose l’appeler ainsi – est passée de 30 à 80 %, la notion de “customer satisfaction” ayant payé.
Si le coût réel de fonctionnement s’élève à près de 2 millions $ par an, le flux représenté par les services indirects gratuits est 2 à 3 fois plus important. En 2001, l’association peut se targuer d’être à 85 % autonome, ce qui est rare dans ce secteur. Près de 15 % du budget continue à être assuré par les donateurs généreux.
Boule de neige : suite à la réussite du programme “Accès et droits”, le ministère des Affaires sociales a requis l’aide d’arcenciel pour l’extension de ce programme à d’autres groupes vulnérables. De sorte que, devenue référence nationale en matière de réhabilitation, l’association est sollicitée par plusieurs pays (entre autres l’Inde, l’Éthiopie, la Turquie et la Jordanie) pour la mise en place de programmes nationaux et ateliers de production. Ce qui lui permet d’atteindre son nouvel objectif : exporter son savoir-faire pour aider à réaliser autant d’expériences réussies.


Site Internet de l’association : www.arcenciel.org