Climat incertain, bien sûr. Manœuvres militaires, plus proches que l’horizon. Mais ceci n’empêche pas les voyants extralucides de faire des analyses, documentées disent-ils, sur ce que sera l’année 2003 dans différents domaines (quitte à rectifier plus tard). Car, insistent-ils, la machine économique doit continuer à fonctionner. Aperçu.
Il y a longtemps que l’économie mondiale n’avait semblé aussi incertaine, avec une aussi faible croissance. L’année 2003 ne s’ouvre pas sur de meilleurs horizons, avec une croissance prévue d’environ 2 %. Et les géants de l’économie mondiale continueront à se serrer la ceinture :
L’Amérique ralentit malgré les efforts de relance ; le budget fédéral, qui affichait un excédent de 127 milliards $ en 2000, a plongé l’an dernier avec un déficit de 159 milliards et l’on s’achemine vers un déficit encore plus important en 2003, de l’ordre de 270 milliards, soit près de 3 % du PIB.
Le Japon continue sa déflation, tandis que l’Allemagne s’apprête à y plonger. Dans toutes les régions du monde, les puissances économiques traversent une mauvaise passe. Le Brésil et l’Argentine en Amérique latine, l’Afrique du Sud sur un continent noir soumis au marasme politique et aux guérillas sous-jacentes, le Japon en Asie.
Seuls les pays du Sud-Est asiatique, la Chine et quelques pays d’Europe semblent tirer leur épingle du jeu.
Transport aérien
Pour l’américain Boeing et l’européen Airbus, qui construisent des avions de plus en plus gros, la reprise restera aléatoire. Refroidi par la chute du transport aérien, Boeing a déjà licencié 30 000 salariés. Airbus a dû remettre ses projets d’augmentation de production à plus tard. Désormais, les deux fabriqueront un nombre similaire d’appareils, mais c’est quand même Airbus qui en livrera un peu plus : quelque 300 en 2003. Les commandes des compagnies à faibles coûts, en plein essor, domineront le marché. Airbus a l’intention de construire des avions plus gros, tel son A380 qui emportera 555 passagers sur deux étages. L’avenir de cet appareil, dont le coût de développement représente 10 milliards $, se décidera en 2003, selon les commandes reçues.
Cependant, pour les transporteurs, il y a trop de sièges et pas assez de passagers : de nombreux regroupements devront s’opérer dans ce secteur en 2003. En Amérique, les aides accordées par l’État après le 11 septembre n’ont fait que retarder les crashs. Si un conflit d’envergure éclate dans le Golfe, nombre d’Américains et d’Européens cesseront de prendre l’avion les premiers temps et d’autres compagnies risquent d’être ébranlées. United Airlines est déjà en difficulté. American Airlines, le plus gros transporteur au monde, tremble pour l’avenir. Côté britannique, des compagnies comme Virgin et British Airways seront également touchées, car les liaisons transatlantiques représentent une bonne partie de leur activité. Cependant, le marché asiatique connaît déjà une forte reprise. Si le Moyen-Orient se calme, les vols internationaux ne tarderont pas à dépasser l’activité enregistrée en 2001 et 2002.
Automobiles
Dix-sept millions de voitures ont été vendues en 2002 aux seuls États-Unis, mais cela est dû à la concurrence féroce, qui ne pourra durer longtemps, entre General Motors, Ford et Chrysler. Les Japonais se font également menaçants. En 2003, Toyota va supplanter Chrysler à la troisième place du secteur aux États-Unis, où il fabrique les deux tiers de ses véhicules. La qualité, la gestion des stocks et les études de marché vont rendre les constructeurs japonais encore plus entreprenants. Volkswagen perdra encore du terrain en 2003. Les ventes de modèles chinois s’accélèrent et devraient bientôt franchir la barre du million d’unités par an, probablement dès 2003. L’Europe, de son côté, résiste bien. Mais la Commission appelle au recyclage des vieilles voitures. Selon la directive adoptée en 2000, ce sont les constructeurs qui devront progressivement, jusqu’à l’horizon 2007, financer le recyclage de tous les véhicules mis à la casse. Cependant, le secteur automobile proteste en raison des coûts supplémentaires induits, et les gouvernements ferment l’œil.
Agriculture
Les barrages douaniers – et quotas – du monde occidental contre les importations agricoles empêchent les pays en développement de sortir de la pauvreté. Peut-être qu’en 2003, l’Europe, le Japon et les États-Unis réduiront leurs droits de douane et leurs subventions agricoles. Actuellement, l’Europe verse 93 milliards $ d’aide à ses agriculteurs, ce qui annule les bienfaits des 25 milliards $ qu’elle consacre au développement. Les États-Unis envisagent une suppression progressive des subventions à l’exportation pour les produits agricoles, ainsi qu’une baisse des droits de douane et des subventions aux agriculteurs dans le monde. Ce projet pourrait permettre d’économiser 100 milliards $ de subventions, qui faussent actuellement la concurrence dans les échanges. Mais l’Administration américaine aura à affronter la colère de ses agriculteurs. D’autre part, la crise en Côte d’Ivoire a déjà fait doubler les prix du cacao, et la tendance se poursuivra en 2003. On se rabattra alors sur d’autres denrées : l’abondance des récoltes au Brésil et en Thaïlande fera tomber le prix du sucre à 0,065 dollar la livre en 2003. Très bas en 2002, le cours du riz augmentera de 10 % cette année. Le cours du blé devrait aussi progresser, la production américaine restant faible.
Énergie
En 2003, on s’attend à un sérieux coup de pouce dans le secteur des énergies renouvelables. Mais c’est un espoir lui aussi renouvelable tous les ans. L’éventualité d’une guerre contre l’Irak catapultera les prix du pétrole au-delà de 50 $ le baril au cas où le conflit n’est pas fermement circonscrit dans l’espace et le temps. S’ils devaient rester élevés – même modérément – toute l’année, la reprise économique mondiale s’en ressentira fortement. D’ailleurs, les cours du pétrole seront instables en 2003. L’OPEP a du mal à faire régner l’ordre parmi ses membres. Les engagements de production sont régulièrement dépassés d’environ 10 %. La Russie, deuxième exportateur mondial, n’en fait pas partie… et n’en fait qu’à sa tête. Elle souhaiterait une baisse des cours qui lui permettra de vendre davantage. Ce pays entend bâtir sur l’océan Arctique un terminal pétrolier de 2,6 milliards $ destiné aux navires transportant du brut vers les États-Unis. Les plans seront finalisés en 2003. La Russie entamera aussi en 2003 la construction d’un oléoduc qui acheminera du brut de la Sibérie orientale vers le nord de la Chine.
Avec l’effervescence économique du Sud-Est asiatique, British Petroleum lancera en 2003 la construction d’un complexe gazier dans la province indonésienne de Papouasie. Cette usine liquéfiera du gaz naturel provenant de gisements en mer pour l’exportation. La Chine, où la part du gaz dans la consommation d’énergie passera de 2 % actuellement à 8 % en 2010, se prépare à utiliser cette production.
Finances
Il y a toujours quelques bombes à retardement : les investissements et prêts des banques au seul secteur des télécommunications, en difficulté, représentent près de 1 000 milliards $. L’Amérique latine pourrait faire encore plus de mal aux établissements financiers si le Brésil plongeait dans la crise financière, après l’Argentine. Le dollar restera vulnérable, le déficit courant des États-Unis, déjà énorme, continue en crescendo. S’il accélère sa chute, les cours des actions vont suivre. Le plan de redressement économique de Bush aura son examen de passage.
Le secteur bancaire japonais est très mal en point : les créances douteuses vont grimper à 1 500 milliards $, tandis que le ratio de fonds propres tombera en deçà de 2 %, c’est-à-dire moins d’un quart du volume requis. Les banques japonaises détiennent à présent 342 milliards $ de contrats d’échange sur taux d’intérêt. Lorsque la croissance économique reprendra, elles pourraient perdre 24 milliards $ à chaque hausse de 1 % des taux longs, soit l’équivalent d’une année de bénéfices. En Europe, malgré une bonne tenue relative, de nombreuses banques chercheront à scinder leurs activités pour faire des économies. D’autres seront la cible de rachats. Les places boursières connaîtront également de nombreux zigzags. En 2003, Eurex fera concurrence à la Bourse de Chicago. Celles de Hong Kong et de Tokyo investiront sur les marchés européens et américains. Une ou deux fusions boursières pourraient même avoir lieu.
Informatique
Les dépenses informatiques vont reprendre. On peut s’attendre à une croissance de l’ordre de 5 à 10 %. Les fabricants de matériel vont devoir s’accommoder cependant d’une baisse des prix. Et c’est avec les logiciels, les services et le conseil qu’il y aura moyen de gagner de l’argent : ces segments représenteront 58 % des bénéfices du secteur en 2005 contre 42 % en 2000. La sécurité des réseaux sera l’un des rares secteurs en pleine expansion et alléchera les investisseurs. En 2003, il y aura quelque 75 000 tentatives d’attaques numériques contre les réseaux d’entreprises. Celles-ci augmenteront leurs dépenses de sécurité, qui ne représentent actuellement que 0,15 % du chiffre d’affaires annuel du secteur.
Aujourd’hui, seul un tiers des entreprises du secteur sont rentables. Le gigantisme peut finir par nuire. En 2003, Microsoft se battra contre les autorités antitrust de la Commission européenne. Celles-ci craignent que le mariage de Windows avec Media Player constitue une entrave à la concurrence. Elles soupçonnent en outre la firme de Bill Gates de tenter de s’arroger un monopole dans les serveurs. Enfin, elles estiment que “Passeport”, la plate-forme en ligne qui permet d’identifier les utilisateurs de Microsoft, enfreint la législation européenne sur la protection de la vie privée. Microsoft devra aussi se battre contre la montée en puissance de Linux et autres logiciels libres.
Publicité
Après deux années de récession brutale, des signes de retour à meilleure fortune devraient se multiplier en 2003. La presse écrite devrait attendre 2004. ZenithOptimedia, dans une étude récente, anticipe une croissance de 1 %, en prix constant, du marché publicitaire mondial en 2003, à comparer à une baisse de 0,7 % enregistrée en 2002. Un signal positif très attendu, car la récession a pris à contre-pied l’ensemble des acteurs. L’étude fait état d’une croissance économique mondiale en légère progression à 2,8 % en 2003 contre 2,6 % en 2002, mais s’attend à une décélération des dépenses de consommation. Le plus encourageant, selon l’agence d’achat d’espace, est la certitude d’avoir touché le fond de ce cycle baissier, même si le retour à la croissance risque de n’être pas énorme : le taux de croissance devrait être de 2,8 % en 2004 et de 2,6 % en 2005.
Loisirs
En 2003, on achètera 10 % de places de cinéma de plus qu’en 2002. Du moins on l’espère. Sur les 450 films qui sortiront en 2003, les dix plus grosses productions représenteront un tiers du box-office. En outre, les films lasseront plus vite les spectateurs, parce que les studios mettent plus d’argent dans moins de films, dans l’espoir de tirer profit de ces superproductions. Les coûts promotionnels se monteront, à eux seuls, à 50 millions de dollars par grand film.
Les appareils photo numériques représenteront un quart des 85 millions d’appareils vendus. La concurrence sera forte sur un marché des consoles de jeux de 9 milliards $. En 2003, la bataille sera rude entre la PlayStation 2 (Sony), la Xbox (Microsoft), et le GameCube (Nintendo). L’avenir est au “jeu en réseau” sur l’Internet. Aujourd’hui, l’obstacle est l’insuffisance de la bande passante, problème qui devrait néanmoins être résolu d’ici à 2005, en Europe occidentale. Microsoft dépensera 2 milliards $ dans les cinq prochaines années pour bâtir un réseau de jeu du nom de Xbox Live.
Les ventes de CD sont déjà en perte de vitesse, à cause d’Internet et des contrefaçons.
Pharmaceutiques
La pharmacie aura ses moments difficiles. En 2002, les médicaments dont le brevet a expiré représentaient un chiffre d’affaires de 2,8 milliards $. En 2003, ce chiffre grimpera à 6 milliards. Les dépenses de recherche-développement (R&D) sont en augmentation constante. Il faut maintenant 800 millions $ pour parvenir à lancer un médicament : deux fois plus qu’en 1983. En 2003, la R&D absorbera 50 milliards $, sans que personne ne sache avant 2015 si cet argent a été dépensé à bon escient. Les laboratoires des États-Unis contrôlent désormais 47 % du marché mondial des médicaments contre 31 % il y a dix ans. En 2003, seulement 30 nouveautés seront mises sur le marché aux États-Unis contre 52 en 1991. La raison en est que les laboratoires veulent être plus ou moins certains des résultats avant d’investir des sommes énormes en R&D. Ils devront aussi compter avec les médicaments génériques.
Télécommunications
Le secteur des télécommunications souffre de surcapacité et d’endettement. Avant la débâcle de 2001, une douzaine de réseaux à haut débit ont été édifiés en Europe de l’Ouest et aux États-Unis. Entre 1998 et 2001, la capacité totale de transmission a été multipliée par 500 grâce à la pose de nouveaux câbles et à la modernisation de l’infrastructure. Mais le trafic Internet a seulement quadruplé sur cette période. On s’attend maintenant à ce qu’il double chaque année. Des dizaines d’entreprises de télécommunications sont au bord du gouffre. En 2000 et 2001, une cinquantaine n’ont pu honorer 70 milliards $ de dettes. La consolidation débutera fin 2003, lorsqu’une certaine confiance dans l’avenir sera de retour. La téléphonie mobile sera la première à engager ce processus. Outre-Atlantique, les opérateurs locaux enregistrent une progression constante de leurs recettes et ont très peu de dettes liées à Internet. Des téléphones à haut débit ont commencé à être commercialisés au Royaume-Uni et en Italie en 2002. Ils seront déployés dans le reste de l’Europe et en Australie en 2003 et permettront d’envoyer des photos. Ce type d’équipement coûtera environ 400 dollars. En 2003, les titulaires des brevets des technologies de troisième génération s’affronteront.


