L’humanité consomme quotidiennement 74 millions de barils de pétrole, qui couvrent 40 % de la consommation mondiale d’énergie. Et dans 30 ans, que fera-t-on ?
Les trente années passées ont été
jalonnées de crises pétrolières : l’embargo
de 1973, la révolution iranienne
de 1980, les deux chocs pétroliers qui se
sont déclenchés alors, la guerre du Golfe
de 1990 (et de 2003). Malgré tous ces soubresauts,
la consommation de pétrole n’a
cessé de croître à un rythme soutenu :
13 % par exemple pour la dernière décennie
du XXe siècle. Cette dépendance lourde
au pétrole, surtout pour les moyens de
transport, se retrouve dans la plupart des
pays industrialisés ou en développement.
Si les pays développés consomment 60 %
du pétrole extrait, de nombreux pays émergents
n’en sont pas moins dépendants, car
contrairement aux pays développés, ils
n’ont guère d’alternative : ni centrale
nucléaire ni énergie renouvelable. Dans de
nombreux cas, l’importation de pétrole
absorbe jusqu’au tiers de leurs revenus
extérieurs, ce qui signifie que toute flambée
des prix les jette presque immédiatement
dans la récession.
Récemment, la Commission européenne s’est
inquiétée d’un “avenir sombre” pour les perspectives
énergétiques
mondiales
d’ici à 2030. Qui
seront marquées par
une forte augmentation
des productions
de pétrole et de gaz,
nécessitant des
investissements
accrus pour les infrastructures
de production, mais aussi pour la
défense de l’environnement, suite aux pressions
des populations. La production pétrolière
augmentera d’environ 65 % en 30 ans et
atteindra 120 millions de barils par jour en
2030, selon l’étude publiée par la Commission
européenne. La part de l’Organisation des
pays exportateurs de
pétrole (OPEP) dans
cette production augmentera,
elle aussi,
pour passer à 60 % des
approvisionnements
totaux en pétrole contre
40 % actuellement.
Quant à la production de
gaz, elle devrait probablement
doubler d’ici à
2030. Les prix du pétrole
comme du gaz
connaîtront d’ailleurs
une hausse sensible, d’après cette étude,
selon laquelle le prix du baril de pétrole en
2030 passera à une moyenne de 35 euros (en
monnaie constante).
LE COÛT DE KYOTO
Intitulée “Perspectives pour la politique mondiale
sur l’énergie, la technologie et le climat”
(World Energy, Technology and Climate Policy
Outlook), l’étude recense les défis énergétiques
auxquels doit s’attendre la communauté
internationale. La
demande énergétique
mondiale augmentera
d’environ 1,8 % par
an entre 2000 et
2030. Plus de la moitié
de cette demande
proviendra des pays
en voie de développement
contre 40 % à
l’heure actuelle. L’industrie constituera 35 %
de la consommation énergétique, les transports
25 %, les services et les ménages 40 %.
Sur le plan de l’environnement – souci majeur,
du moins dans les pays à tradition démocratique
–, cette augmentation de la consommation
entraînera une croissance de 2,1 % par
an en moyenne des émissions de dioxyde de
carbone. Selon l’étude, les émissions européennes
auront augmenté de 18 % par rapport
aux niveaux de 1990, mais jusqu’à 50 %
aux États-Unis. Dans les pays en voie de développement,
c’est encore pire : les émissions
de dioxyde de carbone, qui représentaient
30 % du total mondial en 1990, atteindront
plus de la moitié en 2030.
L’étude considère que l’utilisation de nouvelles
sources d’énergie devient alors nécessaire,
si l’Europe veut remplir ses objectifs
antipollution. Ce qui coûte cher. L’étude estime
cependant que les coûts de la réalisation
des objectifs de Kyoto pourraient être réduits
jusqu’à 30 %, si on utilisait à grande échelle
des sources d’énergie nucléaires ou renouvelables.
Conclu en décembre 1997 sous l’égide
de l’ONU, le protocole de Kyoto demande aux
pays industrialisés, y compris la Russie, de
réduire de 5,2 % en moyenne d’ici à 2012
leurs émissions par rapport à 1990.
Donc, déduction logique de cette étude, deux
secteurs d’activité devront connaître une
croissance soutenue : l’énergie sous toutes
ses formes, hydrocarbures en premier, et son
pendant, l’industrie environnementale. Ce
double business est assuré d’avoir des débouchés
pour 30 ans encore… C
La part de l’OPEP
augmentera, pour passer
à 60 % des
approvisionnements
en pétrole contre 40 %
actuellement


