Une chose semblait facile au Liban : choisir un secteur au hasard et solliciter une aide étrangère pour le réhabiliter. Les trois pays, entre autres, y ont contribué, à différents degrés. Mais les choses se sont compliquées et il a fallu affiner le ciblage.

la région de Jezzine (2 millions d’euros), et
pour l’agglomération de Tripoli (20 millions
d’euros) ; valorisation du patrimoine culturel
et développement urbain (12 millions
d’euros). Puis, via la Proparco (filiale de
l’AFD dédiée au secteur privé), une contribution
au développement des PME-PMI du
pays (25 millions d’euros depuis 1999).
C’est aussi l’AFD qui, au nom du gouvernement
français, a consenti un prêt de 500
millions d’euros, conformément aux engagements
de Paris II. «Ce prêt a permis de
reprofiler une partie de la dette et d’en
réduire le coût, observe Patrick Manon.
Paris II a donc déjà eu un effet incontestable,
qui aurait pu être plus important si
les réformes avaient été effectuées ; ce
que nous souhaitons toujours».
C’est en 1983, déjà, que la coopération
italienne initie une aide globale au Liban :
une première ligne de crédit de 30 millions
$, ainsi qu’une ligne commerciale
de 100 millions.
La France, l’Italie et l’Allemagne
ont, chacun de son côté,
contribué à la réhabilitation
d’un secteur
Solidarité prioritaire
France
Développement
durable
Italie
Dès le retour de la paix, la France a participé
activement à l’effort de reconstruction,
optant pour une politique de
crédit ouverte (200 millions d’euros ont
été versés en protocoles de prêts entre
1993 et 1997). Avec des centres d’intérêt
stratégique autour de l’infrastructure
de base : eau, électricité, transports
aérien et maritime en premier lieu, mais
aussi au sein de l’administration.
Une des dernières interventions “qualitatives”
en date : un accord de coopération
a été signé en mai 2002 entre le
ministère de l’Économie libanais et
l’INSEE, visant à publier les comptes
nationaux. «Les chiffres de 1997 sont
sortis l’année dernière, et la série de
comptes allant jusqu’à 2002 doit sortir
en septembre, indique Patrick Manon,
conseiller économique près l’ambassade
de France. Cette coopération va permettre
au Liban de disposer de chiffres
fiables pour son analyse économique».
De plus, le ministère des Finances libanais
a été réorganisé avec le concours
de la France. «Le résultat est très satisfaisant,
déclare Patrick Manon. Il est
même exemplaire, puisque le ministère
vient d’être choisi par la Banque mondiale
pour tenir un rôle régional».
Par ailleurs, le Liban a été classé depuis
1999 dans la “zone de solidarité prioritaire”
définie par la France. Ce qui a amené
l’Agence française de développement à
ouvrir un bureau à Beyrouth et financer
divers projets à hauteur de 103 millions
d’euros : par exemple de l’eau potable pour pourquoi, nous avons des projets en ce
sens dans tout le pays». Ainsi, des crédits,
21 millions $, ont servi à financer des projets
électriques et de télécommunications.
Mais un montant plus important, 71 millions
$, a été alloué à l’agriculture, l’environnement,
la formation professionnelle,
l’eau potable, l’industrie, les interventions
humanitaires, le patrimoine culturel, l’éducation,
la santé et les services publics.
En ce qui concerne les activités liées aux
ONG, aux huit projets en cours d’exécution
(avec une contribution italienne de
5,4 millions $) vont venir s’ajouter 4 nouveaux
projets pour lesquels l’Italie apportera
2,7 millions $.
De plus, deux protocoles encadrent la
coopération bilatérale actuelle.
Le premier, signé en 1997, accorde 50 millions
$ en crédits d’aide (à taux bonifiés) et
6,2 millions $ en dons.
Le second, signé en avril 1998, englobe
61,9 millions d’euros en prêts d’aide et
2,27 millions d’euros en dons. «Les crédits
d’aide sont presque des dons, précise
Valentina Muiesan. L’État libanais les remboursera
dans un délai de 30 ans, avec un
taux de 0,5 %. Nous optons pour ces formules,
car nous nous sommes rendu
compte que les dons démobilisent les autorités,
dans quelque pays que ce soit». Là
encore, les applications sont larges : eaux
potables et usées (par exemple prochainement
à Zahlé pour 3 millions d’euros, et un
peu plus tard Jbeil), agriculture (à Hermel,
Kfarmatta-Aley, le nord de la Békaa, etc.),
environnement, patrimoine culturel, santé
(formation continue pour les infirmiers,
assistance technique au ministère de la
Santé, réorganisation du secteur sanitaire
au Liban-Nord, réhabilitation de l’hôpital de
La Quarantaine, etc.).
Enfin, il faut signaler que l’Italie a aussi
mis en oeuvre, en collaboration avec le
PNUD et le CDR, un programme de développement
économique et social de 10
millions $. Sans compter sa contribution
substantielle à différentes initiatives de
l’UNICEF, de l’UNIDO, de l’UNRWA, de la
Banque mondiale...
Les autorités publiques germaniques semblent
moins actives en matière de coopération
que les françaises et les italiennes. Les
aides au développement allemandes sont
surtout axées sur la formation professionnelle
et l’environnement, notamment à travers
le projet phare d’assainissement
d’eaux usées d’al-Ghadir (banlieue sud),
mais dont l’usage est encore très partiel.
En gros, à ce jour, le gouvernement allemand
a contribué à hauteur de 85 millions
d’euros pour la coopération financière,
pour la coopération technique et
pour divers projets ponctuels (universités,
etc.). C’est donc davantage au sein
de l’Union européenne et de ses programmes
multilatéraux que l’Allemagne
inscrit ses actions de développement au
Liban. Au même titre d’ailleurs que la
France ou l’Italie.
Il faudra attendre février 1992 pour qu’un
autre accord soit signé à Rome : sont
alloués alors 60 millions $ en crédits d’aide,
41 millions $ en dons et 241 millions $
en crédits commerciaux qui seront finalement
utilisés pour le cofinancement des
centrales électriques de Zahrani et de
Beddawi. L’action italienne se caractérise
aussi par la diversité de ses champs d’application.
«L’État libanais se focalise beaucoup
sur la construction et les infrastructures,
note Valentina Muiesan, premier
secrétaire économique près l’ambassade
d’Italie. Certains secteurs parallèles nous
semblent donc négligés. La classe moyenne
est en train de disparaître, et il est
essentiel, pour préserver une démocratie,
d’aider les classes les plus démunies. C’est
C
Discrète
et localisée
Allemagne
Palmarès des financements
Financements extérieurs ratifiés, signés ou approuvés de 1992
à fin 2002* (millions de $)
France Allemagne Italie
Prêts Dons Total Prêts Dons Total Prêts Dons Total
Électricité 74,51 8,89 83,40 53,55 - 53,55 261,05 - 261,05
Télécommunications 8,42 - 8,42 - - - - - -
Routes - 0,24 0,24 - - - - - -
Ens. général 0,40 - 0,40 - - - - 3,13 3,13
Ens. tech. et pro. 4,76 0,32 5,09 5,33 8,10 13,43 - 0,36 0,36
Ens. sup. et culture 5,56 1,62 7,18 - - - - - -
Santé publique 3,95 0,82 4,77 - - - - 6,97 6,97
Affaires sociales - - - - - - - - -
Habitat et déplacés - - - - - - - - -
Adductions d’eau 67,53 2,38 69,91 - 0,53 0,53 38,93 - 38,93
Assainissement 40,22 0,25 40,47 5,28 8,78 14,05 22,78 - 22,78
Déchets solides - - - - - - - - -
Dév. intégré et environ. - - - - 0,37 0,37 - 1,08 1,08
Transports publics - 0,08 0,08 - - - - - -
Aéroport 21,30 0,64 21,94 - - - - - -
Ports 2,39 0,32 2,71 - - - - - -
Agriculture 1,82 1,43 3,25 - 0,13 0,13 - 0,41 0,41
Irrigation - 0,17 0,17 - - - - - -
Industrie 0,95 0,79 1,75 - 0,27 0,27 - - -
Pétrole et gaz - 0,32 0,32 - - - - - -
Tourisme - - - - - - - - -
Services secteur privé - 0,16 0,16 - - - - - -
Bâtiments adm. - - - - - - - - -
Adm. publique - - - - - - - - -
Information 5,88 - 5,88 - - - - - -
Gestion de l’exécution - 4,06 4,06 - 0,96 0,96 - - -
Divers - - - - 1,59 1,59 1,50 5,38 6,88
Secteur indéfini - - - - 0,75 0,75 - - -
Total 237,69 22,49 260,20 64,16 21,48 85,63 324,26 17,33 341,59
Source : CDR, rapport de mai 2003.
(*) À cela s’ajoutent des financements promis, mais non ratifiés encore à la date du rapport, notamment
pour des projets d’eau et de développement, de l’ordre de 75 millions $ pour l’Italie et de 5 millions $
pour l’Allemagne.