Probablement que dans 10 ou 20 ans, on aura encore à explorer les trésors cachés du partenariat Euromed. Une des dernières “trouvailles” en date : l’intégration du secteur énergétique entre les deux rives de la Grande Bleue.* En quoi consiste ce marché de dizaines de milliards d’euros ?

Le secteur de l’énergie est primordial
pour tout le monde – y compris donc
pour le partenariat euro-méditerranéen,
car il vise à la fois la sécurité des approvisionnements,
la compétitivité et la protection
de l’environnement. D’où un nouveau souci
régional : mettre en place graduellement une
politique énergétique euro-méditerranéenne,
qui devrait contribuer à une future zone de
libre-échange énergétique à l’horizon 2010.
D’ici là, les chantiers seront colossaux : on
devra réaliser des projets d’infrastructure
d’intérêt commun, consolider des interconnexions
existantes et réaliser de nouveaux
projets d’interconnexion des réseaux de
l’électricité et du gaz naturel. Mais selon quel
schéma fonctionnerait cette collaboration
entre Européens et Méditerranéens ?
D’abord, il faut que toutes les parties concernées
soient d’accord sur le principe d’une
telle collaboration. La partie européenne est
déjà acquise à l’idée. Reste à convaincre
donc les partenaires méditerranéens. C’est
peut-être pour cela que les premières actions
visent principalement une réforme dans les
pays de la rive sud, en privilégiant une bonne
gestion de la demande et une utilisation efficace
de l’énergie. Ce qui n’est pas encore le
cas. Le développement des énergies renouvelables
sera poursuivi en parallèle. La sécurité
des approvisionnements énergétiques
devra également être renforcée. Ensuite, les
projets d’infrastructure devront aboutir à un
marché euro-méditerranéen de l’électricité et
du gaz naturel pleinement intégré, interconnecté
et sécurisé.
QUI VA PAYER ?
Dans le détail, le système nécessitera le
développement d’interconnexions sud-nord
et sud-sud. Un certain nombre d’infrastructures
gazières relient déjà les zones de production
méditerranéennes aux centres de
consommation européens. Il s’agit notamterranéens
partenaires de l’UE. Ceci dit, le
caractère politique et la lenteur des réformes
ne facilitent pas l’accès aux financements
internationaux, y compris aux investissements
privés européens dans la région. C’est
pour cela qu’il faudrait réfléchir aussi à de
nouveaux produits financiers, comme les
prêts participatifs ou conditionnels, les prêts
subordonnés ou fonds de garantie. Mais ces
formules ne suppriment pas la nécessité de
mettre en place un cadre juridique favorable
aux investissements privés dans l’ensemble
des pays méditerranéens.
Dans ce contexte, la création récente d’un
fonds de capital-risque régional, en coopération
avec la Banque Européenne
d’Investissement et des caisses de dépôt et
d’épargne européennes, constitue un progrès
notable. Une initiative similaire, dans le cadre
de la “Facilité euro-méditerranéenne d’investissement
et de partenariat” (FEMIP), mise en
place par la BEI, mérite d’être analysée. Les
prêts de la Banque Européenne
d’Investissement en Méditerranée sont déjà
largement axés sur le secteur de l’énergie,
car le montant des prêts en cours de la BEI
dans ce secteur s’élève à quelque 1 500 millions
d’euros. Mais ces financements traitent
pour ainsi dire les “affaires courantes”. Pour
un chantier tel que celui de “l’intégration
énergétique” régionale, les enjeux financiers
sont autrement plus conséquents…
(*) L’essentiel des informations de ces textes sont
basées sur des communications et études officielles
publiées par l’UE.
ment du gazoduc Maghreb
Europe partant de l’Algérie, traversant
le Maroc et desservant
l’Espagne et le Portugal, et du
gazoduc partant de l’Algérie, passant
par la Tunisie et desservant
l’Italie. L’exploitation optimale de
ces installations est conditionnée
par leur modernisation. Il en va de
même pour les interconnexions
électriques au sein du Maghreb et du
Machrek, qu’il convient d’harmoniser avec
celles de la rive nord du bassin méditerranéen.
À cela, il y a lieu de rajouter le potentiel
de transit offert par la région méditerranéenne
sur les ressources avoisinantes, telles que
celles de la mer Caspienne, du Golfe ou de
l’Afrique. Pour le pétrole, les accidents récents
sur le transport maritime devront amener les
partenaires à réfléchir sur l’opportunité de
transférer une partie des volumes transportés
actuellement par tankers vers des oléoducs.
Autre souci : sur la base des réserves prouvées
en gaz et en pétrole dans le bassin
méditerranéen, il semble que cette région
deviendra un importateur net d’énergie en
2020, alors qu’elle est un exportateur net
actuellement. Et évolution prévisible : le gaz
naturel remplacera partiellement le pétrole,
principalement pour ce qui est de la production
d’électricité. La région possède néanmoins
un potentiel d’énergies renouvelables,
qui pourra être exploité de manière substantielle
(usines hydroélectriques, énergie
éolienne, géothermique et systèmes à énergie
solaire). Il faut néanmoins encourager les
investissements, que ce soit dans la production
ou dans les interconnexions.
Car c’est le secteur privé qui sera le moteur
d’une véritable politique de l’énergie. Des
mécanismes pour faciliter le financement des
projets communs sont en cours, en supposant
que, au cours des 20 prochaines
années, plusieurs dizaines de milliards d’euros
devront être investis dans les pays médi-