FARID RAPHAËL*

Comme d’autres banques libanaises,
vous avez une stratégie d’expansion
internationale. Pourquoi votre choix
s’est-il porté sur la SBA ?
Avec cette banque, nous faisons d’une pierre deux coups.
Premièrement, la Banque Libano-Française reprend pied en Europe,
alors que son expansion était limitée lorsqu’elle était encore contrôlée
par le groupe Crédit agricole : nous ne pouvions pas nous implanter
sur les mêmes marchés. Grâce à la SBA, nous avons désormais la
possibilité d’accompagner notre clientèle d’hommes d’affaires libanais
à Paris, à Chypre (Limassol) et à Genève. Ces derniers ont des besoins
qui n’entrent généralement pas dans le concept des grandes banques
internationales. Les banques libanaises sont donc plus compétitives
sur ce créneau. Par exemple, nous avons l’habitude de recourir à la
caution personnelle des associés d’une société, alors que les banques
européennes ne travaillent pas, ou plus, en fonction des personnes,
mais des actifs. C’est difficile dans ces conditions pour un Libanais
d’apporter par exemple en garantie un bien immobilier qu’il possède
au Liban pour un crédit en France. Deuxièmement, cette opération
permet à la BLF de renforcer ses activités sur le marché régional et
notamment syrien, car la SBA y compte une importante clientèle.
Où en est votre demande de licence pour une banque en Syrie ?
La procédure prend du temps. À titre de comparaison, nous avons
commencé à négocier l’acquisition de la SBA en 2002 et la finalisation
de l’opération vient tout juste d’être annoncée. Une chose est
sûre, le potentiel de développement du marché syrien est grand et
les relations économiques entre le Liban et la Syrie continuent malgré
les aléas politiques. Nous avons donc présenté un dossier pour
une banque qui sera détenue à 49 % par la BLF, une autre partie du
capital revenant à certains de nos associés qui ont la nationalité
syrienne (Zafer Chaoui et Wafic Saïd) ainsi qu’à Moustapha Janoudi,
l’ancien PDG de la SBA qui en reste administrateur et président
d’honneur. L’objectif est notamment de se rapprocher d’une clientèle
syrienne que nous servons déjà. Un homme d’affaires syrien obtiendra
plus facilement des crédits à l’étranger s’il dispose près de lui,
en Syrie, d’une banque affiliée à la BLF en mesure de suivre ses
activités et de traiter avec lui en livres syriennes.
Êtes-vous aussi à l’affût d’acquisitions au Liban ?
Nous restons ouverts à toute éventualité, mais nous regardons aussi
les opportunités au Moyen-Orient où il y a une place à prendre. La
pondération excessive, et même inquiétante, des capitaux alloués aux
marchés émergents dans le système de Bâle II pousse en effet les
groupes occidentaux à réduire leur présence dans les pays du Sud.
Une banque comme la nôtre doit pouvoir en profiter. D’autant que
l’économie libanaise dépasse les frontières du Liban et que le secteur
bancaire doit accompagner cette exportation de services et de ressources
humaines.
Sibylle Rizk
(*) Farid Raphaël est président-directeur général de la Banque Libano-Française, qui a
récemment annoncé l’acquisition de la majorité du capital de la banque française SBA
(anciennement Société bancaire arabe) dont le groupe français AXA était l’actionnaire principal,
à hauteur de 34 %. La SBA a des fonds propres de 62 millions d’euros, un total bilan
de 630 millions d’euros et un hors bilan de 247 millions d’euros.