C’est un livre qui parle d’un autre monde : au tournant du XIXe siècle dans une région reculée le long de la côte Pacifique des États-Unis. Talmadge prend soin de son immense verger. Silencieux, taciturne, il cultive seul cette terre depuis plus de quarante ans, après la disparition mystérieuse de sa sœur lors d’une balade solitaire en forêt et la mort de sa mère. C’est un homme courageux, réfléchi et travailleur, qui conservera ces qualités jusqu’au bout du roman. Au terme de quoi il conviendra peut-être d’ajouter la bonté aux traits de caractère du héros, à peu près quinquagénaire lorsque le destin s’introduit chez lui, sous l’apparence de deux adolescentes affamées et enceintes. L’une mourra, l’autre partira vivre à cheval sa liberté, laissant au verger une petite fille que Talmadge va apprendre à aimer comme la sienne propre. Car ce livre est d’abord un roman de filiation d’une approche assez classique : comment construire une famille en dehors des liens du sang ? Ou a contrario peut-on retisser des liens familiaux saccagés ? Pour son premier roman, Amanda Coplin, romancière américaine née en 1981, réussit à répondre à ces questions d’une façon très poétique, presque douce. « Notre famille, c’est celle que l’on construit », semble-t-elle vouloir nous dire. En l’occurrence, ici, pour Talmadge et sa fille adoptive, sa “famille” se résume à un Indien muet, dresseur de chevaux, ainsi qu’une vieille apothicaire à la laideur de vieille fille mais au cœur de femme contemporaine. Une jolie découverte, qui décrit en plus les paysages du nord-ouest américain où rôdent encore les Indiens…
Amanda Coplin, “L’Homme du verger”, Christian Bourgois,
24 dollars.