Firas Abiad, directeur général de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri,s'inquiète du relâchement des comportements, alors que de nouveaux cas apparaissent. Ce qui a poussé le gouvernement à imposer un nouveau confinement de quatre jours.


Le gouvernement vient de décider d’une nouvelle période de quatre jours de quarantaine stricte pour l’ensemble du pays. Les chiffres sont-ils si inquiétants?

Certains indicateurs sont venus rappeler que la situation est loin d’être maîtrisée. Depuis deux semaines, on constate une augmentation significative du nombre de cas positifs. Le pays dénombre 26 décès imputables au coronavirus sur un total de 870 personnes contaminées à ce jour. Ce lundi, quatorze nouveaux malades avaient ainsi été identifiés ; onze mardi. On est donc clairement sur un regain épidémique.

La semaine dernière, l’écrasante majorité des cas répertoriés concernait des Libanais rapatriés de l’étranger ; cette semaine, les cas sont davantage locaux. Ce qui montre qu’il y a eu une contamination d’un groupe à l’autre au point que plusieurs nouveaux foyers de contamination ont été détectés. D’où la décision du gouvernement de fermer à nouveau le pays pendant quatre jours. Il est difficile d’estimer les effets d’une si courte période de quarantaine. Beaucoup se demandent d’ailleurs quel intérêt cela peut avoir puisque cela ne correspond même pas à la période d’incubation du virus, estimée à deux semaines environ.

Mais le ministère de la Santé paraît considérer que c’est un délai suffisant pour lui permettre d’appliquer les procédures de dépistage, de traçabilité et d’isolation des cas positifs, seuls moyens d’endiguer cette flambée épidémique. Les autorités sanitaires ont par ailleurs estimé qu’un « choc psychologique » était nécessaire pour rappeler à la population libanaise que l’assouplissement des mesures de confinement ne devait surtout pas conduire à l’oubli des règles de base : porter un masque, garder ses distances, éviter les attroupements…

L’augmentation du nombre de patients atteints du Covid-19 justifie-t-il que l’on stoppe le retour des expatriés libanais?

La décision, de continuer ou pas le rapatriement des expatriés libanais, n’a pas encore été prise : un comité doit se réunir pour en décider. Je ne pense pas toutefois que ce programme sera arrêté, même si une partie de sa mise en œuvre pourra être retardée. De toutes les façons, les Libanais à l’étranger doivent pouvoir rentrer chez eux. Certains séjournent en effet dans des pays où le taux de prévalence est important et où l’accès aux soins est inexistants. Plus ils y restent, plus le risque de développer la maladie augmente. Toutefois, leur retour ne peut se faire au détriment des résidents. Il est primordial que ces expatriés se plient à la quarantaine qu’on exige d’eux. C’est d’ailleurs pourquoi l’absence de mesures de précautions, en particulier de distanciation sociale, lors du vol de Londres, affrété par la Middle East Airlines en fin de semaine dernière, ne doit pas se reproduire. Si l’Etat exige de ses concitoyens qu’ils respectent le confinement ; celui-ci en retour doit se montrer exemplaire quant à la mise en œuvre de leur retour.

D’autres pays comme la Corée du Sud, la Chine ou l'Allemagne constatent de même une augmentation du nombre de cas positifs. S’agit-il d’une seconde vague épidémique?

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une seconde vague. On assiste davantage à une flambée épidémique, qui intervient parce que les gens, dans le monde entier, cessent de respecter à la lettre les "gestes barrières" pour éviter la propagation de la maladie. Or, le SRAS-CoV-2 est un virus extrêmement contagieux qui se propage très rapidement. Dans l’un des clusters (cas groupés, NDLR) que nous surveillons dans le nord du Liban, un patient atteint est responsable de plus de vingt contaminations.

L’un des expatriés, rentré du Nigeria, n’a pas été testé positif à son arrivée à Beyrouth. Il n'a de fait pas estimé nécessaire de respecter la quarantaine. Un tel "faux négatif "est-il possible?

Des malades peuvent en effet ne pas être diagnostiqués positifs au moment où ils effectuent le test. Cela peut notamment se produire lorsque la personne testée est encore à un stade précoce de la maladie. De toutes les façons, on estime que la fiabilité du test PCR n’est que de 70% environ pour identifier un individu infecté. C’est d’ailleurs pourquoi les recommandations qui ont été faites à l’ensemble des Libanais rapatriés, même ceux testés négativement, est de s’isoler pour une période de deux semaines,  période d’incubation du virus pour voir si ces personnes développent la maladie.

Cette augmentation du nombre de cas représente-elle un risque pour le secteur hospitalier?

Aujourd’hui, la bataille n’est pas sur ce front. Au sein de l'hôpital gouvernemental Rafic Hariri, on dénombre seulement 30 patients hospitalisés pour le coronavirus et aucun cas n’est critique. La bataille se joue davantage dans nos capacités à tester massivement. Sommes-nous aujourd’hui en mesure d’identifier tous les cas positifs ? A ce stade, le Liban effectue 7.000 tests par millions d’habitants. C’est bien, mais si vous regardez d’autres pays, ce n’est pas suffisant pour être dans la bonne moyenne.  Or, les tests sont autant un instrument de contrôle que de diagnostic. Lorsqu'on déconfine, la mise en place de tests généralisés est l'instrument indispensable pour être prêt si un autre foyer de contamination se déclare.