Un article du Dossier

Le design libanais se forge une identité

La chaise Beaubourg de Georges Mohasseb.
La chaise Beaubourg de Georges Mohasseb. D.R.

Dans les années 1970, Dieter Rams, designer allemand auprès de la marque Braun, s’interroge : il crée des objets depuis des années – certains font aujourd’hui partie des collections des musées du monde entier comme le célèbre phonographe SK-4 – et il influencera même le design de la marque à la pomme. Mais comment savoir si son design est vraiment de qualité ? Il édicte alors les 10 commandements d’un “bon design” qui restent encore aujourd’hui reconnus par la profession.
1 Un bon design est d’abord innovant. Et parce que cette condition est inépuisable grâce au développement constant des technologies, cette qualité est placée en première position.
2 Le design doit être utile : pas question de comparer un objet design à une œuvre d’art. Le design est avant tout pratique et doit secondairement répondre à des questions psychologiques et esthétiques.
3 L’esthétisme arrive après, car une conception bien exécutée ne doit pas manquer de beauté. Une qualité dont l’effet est indirect sur le bien-être des utilisateurs.
4 Le designer doit réaliser un produit compréhensible : le fonctionnement de l’objet doit apparaître intuitivement à l’utilisateur.
5 Un bon design est discret : tous les produits et leur conception doivent être neutres et sobres afin de fournir un espace d’expression pour chaque utilisateur.
6 Le design doit être honnête, c’est-à-dire ne jamais chercher à falsifier la valeur réelle de l’innovation du produit auprès du consommateur en lui promettant par exemple une utilité inaccessible.
7 Un bon design a une valeur à long terme : il évite d’être à la mode et donc ne semble jamais désuet. Contrairement à l’effet de mode, le produit est alors intemporel même dans une société de consommation et dans l’ère du jetable.
8 Le designer doit concevoir chaque détail avec une précision exhaustive. Dieter Rams établit cette règle comme un absolu : le bon designer ne laisse jamais rien au hasard parce que la précision exprime le respect des concepteurs à l’égard des consommateurs.
9 Le design est respectueux de l’environnement : il doit préserver les ressources et minimiser la pollution physique et visuelle tout au long du cycle de vie du produit.
10 Un bon design est minimaliste : c’est-à-dire le moins dessiné possible. Le designer doit se concentrer sur les fondamentaux et éviter tout ce qui n’est pas essentiel afin de revenir vers des produits purs et simples.

La chaise, défi ultime du designer ?

S’il fallait ne prendre qu’un exemple pour illustrer le processus du design, ce serait sans conteste la chaise : objet le plus décliné au monde, tous les designers ou presque s’y sont frottés ou s’y frotteront un jour, et pourtant, c’est « l’objet le plus dur à réinventer ».  « L’idée, explique Karim Chaya, c’est d’imaginer une façon non allongée de se reposer tout en tenant compte des deux articulations que sont le bassin et les genoux. » Tout le reste est accessoire : la chaise peut être suspendue, l’angle du dossier peut varier, les pieds peuvent être carrés ou ronds... Lui a inventé une chaise-cheval à bascule pour enfants, Georges Mohasseb a inventé une chaise “Beaubourg” inspirée du centre parisien éponyme, Wyssem Nochi a conçu une chaise avec une pyramide inversée invisible, qui favorise la méditation et le repos…

Wedgwood à l’origine du design ?

Le design est né avec la porcelaine anglaise Wedgwood au moment où « le dessinateur et le fabricant de l’objet sont devenus deux personnes séparées », explique Karim Chaya. Josiah Wedgwood (1730-1795), né dans une famille de potiers, s’est en effet retrouvé avec une jambe amoindrie après avoir été atteint de variole : il ne pouvait plus utiliser la roue de potier. Il s’est donc tourné vers le dessin plutôt que la fabrication.


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