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Déchets : comment en est-on arrivé là ?

Installée depuis quarante ans dans la Békaa, à Qab Élias, Sicomo est l’une des principales entreprises de recyclage de carton au Liban, avec une production annuelle d’environ 30 000 tonnes de carton recyclé, soit un quart de la production totale du pays. Depuis 1997, c’est la holding de Zafer Chaoui (propriétaire de Ksara), qui en est l’actionnaire majoritaire. Sicomo traite chaque année 37 000 tonnes de déchets, dont 25 000 proviennent de la société Averda, en vertu d’un contrat trimestriel passé avec la compagnie de traitements des déchets, propriétaire de Sukleen. Sicomo paie la tonne de déchets à Sukleen autour de 50 dollars, transport compris. La société s’approvisionne également auprès de “grossistes” collecteurs de déchets et organise depuis près de dix ans sa propre collecte dans les imprimeries ou les supermarchés. Quatre camions et une vingtaine d’employés sur les 130 que compte la société sont affectés à la collecte, qui a lieu jusqu’à Beyrouth. Le prix de la tonne de déchets achetée dans ce deuxième circuit peut aller jusqu’à 100 dollars la tonne, les déchets étant moins sales et mieux triés que ceux de Sukleen.
La production de Sicomo se décline en plusieurs produits semi-finis : du carton pour enroulement, qui sert notamment aux fabricants de papier toilette ou de films plastique, du carton gris utilisé pour les reliures de livre ou pour différents types de boîtes (à chaussures, à mouchoirs) ou pochettes. Enfin, 10 à 15 % de la production concerne le carton avec une couverture blanche ou métallisée, destiné en particulier aux plateaux des pâtisseries.
« Nous exportons 65 % de nos produits, car notre capacité de production dépasse les besoins du marché local », explique Michel Ayoub, directeur général de Sicomo. Mais la guerre en Syrie a compliqué les routes d’exportation, notamment vers les pays du Golfe, et l’entreprise a du mal à rester compétitive. « Les coûts du transport vers la Jordanie ont plus que doublé depuis trois ans, et les délais de livraison se sont allongés, passant en moyenne de 10 à 30 jours. » Les coûts de transport varient de 50 à 100 dollars la tonne selon la destination au Moyen-Orient, et s’ajoutent à un prix de 500 dollars la tonne à la sortie de l’usine pour le carton brun ondulé issu des déchets.
« En plus de la situation régionale qui nous pénalise, les coûts de l’énergie représentent un grand handicap », affirme le directeur général de Sicomo. La société a décidé de résoudre durablement ce problème de coût en investissant quatre millions de dollars il y a quatre ans dans une petite usine de “Waste to Energy”. Elle transforme les déchets non utilisables pour le recyclage du carton en vapeur, qui sert à faire fonctionner les machines, surtout celles destinées au séchage du carton. « Les déchets délivrés par Sukleen ne sont pas bien triés et 35 % de ces déchets, en particulier le plastique, ne sont pas utilisables, donc nous les transformons en énergie, ce qui a permis de diminuer notre facture de fioul de 70 % », explique Michel Ayoub. Sicomo souhaite investir d’ici à un an quatre autres millions de dollars, cette fois pour produire de l’électricité à partir des déchets et aboutir à une quasi-autosuffisance énergétique. Elle ne précise toutefois pas de façon chiffrée l’impact de cet investissement sur ses coûts de production.
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