Aucune loi n’encadre de manière spécifique le financement de la vie politique au Liban. À défaut, le code électoral voté en juin 2017 tente de limiter l’injection de fonds dans la campagne. Mais les plafonds de dépenses autorisées et les dérogations prévues ne permettent pas l’égalité des chances entre tous les candidats. Les élections de mai se joueront vraisemblablement, comme les précédentes, sous le signe de l’argent et du clientélisme. 

Quel rôle l’argent joue-t-il dans les élections ? En principe, aucun. Le fondement du jeu démocratique repose en effet sur une idée simple, chère à la tradition anglo-saxonne : “one man, one vote” (“un homme, une voix”). Mais la réalité s’avère tout autre. Et on peut se demander si le principe ne serait pas plutôt: “un dollar, une voix” voire, pour coller au plus près à la réalité libanaise, “500 dollars, une voix”. Le cours, dit-on, auquel devrait s’échanger la promesse de vote dans les derniers jours de l’élection. « Historiquement, l’argent a toujours joué un rôle primordial dans les élections », résume Atallah al-Salim, chef de projet au sein de la Lebanese Transparency Association (LTA). Déjà, pendant les législatives de 2009, on évoquait un montant total de dépenses d’au moins un milliard de dollars. Ce chiffre n’avait rien de farfelu : il reposait, si on en croit Ammar Abboud de la Lebanese Association for Democratic Elections (LADE), sur le différentiel dans les mouvements de capitaux constatés par la Banque centrale, avant et pendant les élections. Un « montant énorme », rappelle ce responsable.

Aujourd’hui, si on ignore les sommes exactes en jeu, un flux équivalent à 2009 pourrait théoriquement être injecté dans le pays, selon la LTA qui se base sur les plafonds de dépenses électorales définis dans la nouvelle loi électorale de juin 2017 (voir encadré). Celle-ci permet à un candidat et à sa liste de débourser jusqu’à 15 millions de dollars, selon le nombre de votants inscrits dans sa circonscription et le nombre de candidats sur la liste. « Si on se base sur les dépenses autorisées des candidats de Tripoli-Minniyé-Denniyé, une circonscription où nous surveillons le suffrage, et

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