À 28 ans, le Franco-Libanais Steve Abou Rjeily est à la tête de Doctolib, l’un des plus gros succès de la tech française.

Il faut désormais compter sur Steve Abou Rjeily. À 28 ans à peine, le jeune homme né en France d’un père libanais et d’une mère française est en train de devenir l’un des magnats de la tech française.

Avec trois autres acolytes ‒ Stanislas Niox-Château, Jessy Bernal et Ivan Schneider‒, il a fondé à Paris Doctolib en 2013, une plate-forme en ligne de rendez-vous médicaux. Leur idée est simple : optimiser la prise de rendez-vous médicaux et faire gagner du temps aux médecins comme aux patients. « Stanislas dirigeait un fonds d’investissement qui s’intéressait à une plate-forme de RDV médicaux en ligne. J’avais la même idée… On a rassemblé nos forces », explique-t-il.

Avec ses partenaires, Steve Abou Rjeily a très vite réussi son coup : quelque 65 000 professionnels de santé recourent aujourd’hui aux services de Doctolib et 20 millions de visiteurs ont fréquenté le site au mois de septembre. Parmi ses clients, la jeune société compte les principales cliniques françaises ainsi que l’Assistance publique des hôpitaux de Paris. Au global, chaque mois, 2 500 nouveaux professionnels souscrivent à ses services moyennant 109 euros mensuels. La France comptant quelque 220 000 médecins, « les marges de progression sont encore énormes ».

Malgré tout, la société ne dégage pas de profits. Après plusieurs levées de fonds pour un total de 84 millions d’euros (96 millions de dollars), elle envisage d’être bénéficiaire d’ici à 2020 en visant un portefeuille de 100 000 clients. Pour cela, Doctolib se développe sur le marché allemand. « Le paysage médical allemand présente des similitudes avec celui de la France. » D’autres pays sont dans son collimateur comme l’Italie ou l’Espagne. En revanche, le Liban n’y figure pas. « Beyrouth est un trop petit marché et l’on doit d’abord se concentrer sur l’Europe. » À défaut, Steve Abou Rjeily n’a pas hésité à aider Track MD, son alter ego libanais fondé par Ibrahim Fakih. « Ils nous ont appelés. Il n’y avait aucune raison de ne pas répondre à leurs questions », assure celui qui était encore à Beyrouth il y a moins d’un mois.

Il y a quelques semaines, les quatre associés ont annoncé un autre pas en avant : la téléconsultation. Une activité marginale ‒ il n’y aurait que quelques milliers de téléconsultations effectuées chaque année en Europe ‒, mais « porteuse », selon Steve Abou Rjeily, d’un changement de paradigme : « Tout reste à écrire dans ce domaine, nous voulons créer les cabinets et les hôpitaux du futur. » Dans sa progression, la start-up a bénéficié d’un coup de pouce : la décision du président français d’autoriser le remboursement des consultations à distance. « Doctolib va permettre depuis son site à ses utilisateurs de prendre rendez-vous avec leur médecin traitant, ou des spécialistes, pour une consultation à distance. » Au terme de la consultation, une ordonnance pourra même être envoyée au patient via le site.

Sa future success-story, Steve Abou Rjeily en a eu l’idée au cours d’un échange universitaire en Corée du Sud. « La prise de rendez-vous médicaux en ligne était alors un modèle assez commun en Asie. » Mais ce n’était pas sa première expérience : l’entrepreneuriat, Steve Abou Rjeily s’y est frotté très jeune. À 14 ans, il avait monté une structure pour vendre des tee-shirts personnalisables. Un succès à petite échelle qui lui avait permis de sponsoriser des soirées à Paris ou à Beyrouth, puis d’en organiser. « On n’avait même pas l’âge légal de rentrer à nos propres soirées. » Un sens inné de la vente, dont certains diraient inspiré de ses ancêtres phéniciens…