Nabil Zorkot

Depuis 2010 et la fin de la guerre civile entre pro-Gbagbo Laurent et pro-Alassane Ouattara, l’immobilier de luxe explose en Côte d’Ivoire. Rien qu’en 2017, selon des professionnels, ce segment a enregistré plus de 345 millions de dollars (200 milliards de francs CFA) de transactions. Un record quand on sait que, cette même année, le secteur de l’immobilier en Côte d’Ivoire était estimé à environ 1,2 milliard de dollars au total.

Sans surprise, Abidjan, la capitale économique du pays, concentre environ 95 % des projets. Et ce sont les quartiers de Marcory, du Plateau et de Cocody qui tirent leur épingle du jeu avec des prix de vente qui, en moins de huit ans, ont doublé pour des appartements de standing moyen ou de haut standing.

Ainsi, dans la capitale, entre 2012 et 2017, le prix du mètre carré est passé  85 dollars (50 000 francs CFA) à 172 dollars (100 000 francs CFA).

Pour les groupes fondés par des membres de la diaspora libanaise, le marché résidentiel haut de gamme a représenté une diversification naturelle de leurs actifs, beaucoup ayant déjà un pied dans la construction et le BTP. « L’immobilier de luxe connaît peu la crise et reste une valeur refuge », justifie Nassif Seklaoui, vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie libanaise de Côte d’Ivoire (CCILCI).

Parmi les projets portés par ces groupes, celui du groupe Sociam fondé par les frères Seklaoui. Spécialisé dans la fabrication et la distribution de produits électroménagers, Sociam a investi dans l’immobilier de standing aux tournants des années 2000 en fondant SCI Diamond. Depuis, le promoteur compte la construction d’une dizaine d’immeubles résidentiels à son actif, dont Les Orchidées dans le quartier de Cocody Danga.

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Cette société n’est pas la seule à avoir pressenti la montée en puissance du résidentiel de luxe : Carré d’or, un acteur de l’agroalimentaire et la distribution, dirigé par Zouheir Ezzedine, a de même bâti plusieurs immeubles luxueux au cœur de la capitale. Tout comme Hassan Hyjazi, PDG du groupe éponyme, ou les Gandour, qui dirigent La Nouvelle parfumerie Gandour.

Ce boom, la Côte d’Ivoire le doit d’abord à une croissance du PIB estimée à plus de 7 % entre 2017 et 2018, auquel s’ajoutent des conditions de crédits bancaires plus avantageuses qu’auparavant. « Les taux d’intérêt sont à la baisse et l’échéancier de remboursement des prêts consentis s’étend désormais jusqu’à 25 ans contre 15 auparavant », précise un banquier local.

Mais si l’immobilier de prestige flambe, c’est qu’il offre surtout d’importants revenus locatifs. « Sur le marché de la location, il y a longtemps eu une demande supérieure à l'offre, ce qui a alimenté une flambée des prix », reconnaît un membre de la Chambre des experts immobiliers. A la location, les prix qui se positionnaient entre 9 à 18 dollars (de 5 000 à 10 000 francs CFA) il y a quelques années pour atteindre aujourd’hui une moyenne de 40 dollars (23 000 francs CFA) dans les quartiers les plus prisés. « Sur ce créneau, les principaux clients sont les Ivoiriens de la diaspora et des Libanais fortunés de Côte d’Ivoire », ajoute Abdul Beydoun, président du groupe industriel Yeshi, qui investit à titre personnel dans le secteur de l’immobilier.

Depuis 2018, toutefois, « la demande commence à stagner », souligne Nassif Seklaoui, alors que les volumes sont, eux, toujours en augmentation. Une cinquantaine de projets doivent ainsi être livrés au cours des deux prochaines années.