Placée en redressement judiciaire en 2016, Radio-Orient a échappé à la liquidation en France, en s’engageant à changer de modèle économique. Les difficultés de cette radio, comme les autres médias détenus par la famille Hariri, illustrent la vulnérabilité de l’empire construit par l’ancien Premier ministre.

Jamil Saidi/Reuters

Contrairement aux journalistes de Radio-Orient au Liban, la douzaine de salariés de Radio-Orient à Paris sont rassurés. À l’issue d’une procédure de redressement judiciaire entamée en octobre 2016, le tribunal de commerce de Nanterre a tranché, le mois dernier, en faveur de la poursuite des activités de cette radio fondée par Raghed el-Chammah en 1986 et rachetée par Rafic Hariri en 1992. La station a échappé à la liquidation, grâce à une « modification historique et indispensable de sa structure économique », se félicite son directeur général, Jamil Chalak. La chaîne dit avoir trouvé son salut en renouant avec un modèle médiatique classique, basé sur l’audience locale et les recettes publicitaires. « L’essentiel des recettes provient désormais du marché français », ajoute-t-il.

Ce n’était pas gagné. Il y a encore deux ans, la radio tirait 80 % de ses revenus annuels, qui s’élevaient alors à 2,8 millions d’euros, de l’exportation de ses programmes à l’étranger. C’est du moins la version officielle. Selon une source interne, citée dans le quotidien français Libération, la station bénéficiait en réalité de subventions cachées de la part du groupe Hariri. Cette source affirme que la station n’a jamais dévoilé ni le nom des chaînes qui rediffusaient son contenu ni la quantité des programmes cédés, et que les contrats d’export ont toujours été conclus avec des entreprises affiliées au clan Hariri : Wave Holding jusqu’à 2010, Mediatize SARL de 2011 à 2013 et enfin la Future TV. Ces sociétés versaient à Radio-Orient une redevance annuelle, dont le paiement est devenu de plus en plus irrégulier, surtout à partir de fin 2014. Interrogé par Le Commerce du Levant sur l’identité de ses clients, Jamil Chalak se contente de répondre que le « chiffre d’affaires à l’export » a chuté en « raison de l’instabilité au Proche-Orient et en Afrique du Nord ». Privée de ces ressources, la radio a dû couper dans ses effectifs, qui sont passés de 70 salariés en 2005 à seulement 12, avant de se résoudre à se placer en redressement judiciaire.

Un empire médiatique